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Tariq Ramadan sur l’homosexualité

2015-11-29_ramadan_qatarIl y a quelques jours, le magazine marocain Tel Quel révélait que Tariq Ramadan avait encore tenu des propos polémiques sur l’homosexualité lors d’une conférence à Doha au Qatar. Expliquant que “Dans tout l’occident, il y a une volonté de normaliser l’homosexualité dans l’enseignement du fait que c’est un comportement normal », il appelle les parents musulmans à contrer ces discours auprès de leurs enfants, les invitant à “«être présents aux côtés de leurs enfants pour leur dire ce que l’islam dit à propos de l’homosexualité et leur faire comprendre que dans la religion, il y a le respect des individus même si nous ne sommes pas d’accord avec ce qu’ils font. […] On ne peut pas normaliser ça» SOS-homophobie a diffusé la vidéo de la séquence. Ce n’est pas le première fois que les positions de Tariq Ramadan sur ce sujet sont critiquées. Deux chercheurs sénégalais avaient pointé un discours tenu dans leur pays en 2013. Alors que l’homosexualité est pénalisée au Sénégal, Ramadan s’y posait cette fois-ci en parangon de tolérance. Après avoir rappelé ses liens avec les frères musulmans et le prédicateur Yûsuf al-Qaradhâwî dont l’homophobie de fait aucun doute, les chercheurs insistaient sur le contexte sénégalais dans lequel Ramadan s’exprimait, et montraient que ses propos n’avaient rien d’incompatibles avec les discours plus sévères tenus en d’autres lieux :

“À noter aussi que les prises de parole du prédicateur au Sénégal ne sont pas toujours vues d’un bon œil, de loin s’en faut, de la part des intellectuels sénégalais. Ces derniers lui font le grief d’entretenir une forme de paternalisme à l’égard de ses coreligionnaires africains. […] Ensuite, les propos que T. Ramadan a tenus au Sénégal, jamais il ne les a tenus, et sans doute ne les tiendra-t-il jamais, au Qatar ou au Maroc, monarchies au sein desquelles il entretient pourtant des relations de proximité, voire d’amitié avec toutes sortes d’acteurs importants, des gens influents de la politique et de la culture. Sans doute craint-il de se couper des réseaux qui l’entretiennent, dans la mesure où il a des charges universitaires aussi bien à Doha qu’à Casablanca. Le fait est qu’en s’adressant aux Sénégalais dont il n’accepte pas une seule contradiction – paternalisme ? -, Tariq Ramadan parlait surtout à ceux qu’il appelle les “Occidentaux”, et aux Français qu’il dit “déranger” pour donner des gages d’un discours tolérant dont il serait porteur.”

Si sur ce sujet, Ramadan répète souvent qu’il faut néanmoins respecter les individus mais si on désapprouve leurs pratiques, notons qu’il s’agit là d’un discours pas si différent de celui tenu par certains responsables de la Manif pour Tous qui, au moment de ses grandes mobilisations, récusaient sur ces mêmes bases être homophobes. Sur son site, Ramadan prend d’ailleurs prétexte de l’intolérance des autres religions ou même de Freud à l’égard de l’homosexualité pour appuyer le fait qu’il soit justifié de la condamner en islam (voir : tariqramadan.com/blog/2009/05/28/islam-et-homosexualite/). Lors d’un meeting récent à Saint-Denis, l’islamologue a par ailleurs tenu des propos problématiques sur les événements récents, rapportés par Libération : “le 13 Novembre est un prétexte pour engager la guerre. […] Les sources [de l’islamophobie], on les connaît : 80% des discours sont liés à des organisations aveuglément pro-sionistes.”

Meeting du 11 décembre : retour sur polémique

Vendredi 11 décembre, un meeting «  pour une politique de paix, de justice et de dignité» a réuni 600 personnes à Saint-Denis et a fait couler beaucoup de pixels. Si la tension est depuis retombée, il est sans doute utile de revenir un peu dessus. En effet, plusieurs personnalités polémiques y étaient invitées, dont Tariq Ramadan, et cet événement était soutenu par les Indigènes de la République. Le journal Libération est revenu sur ce qui s’y est dit. A côté de Ramadan, étaient notamment présents à la tribune le journaliste Alain Gresh (ex-Monde diplomatique, Contre-Attaque(s)), Omar Slaouti (ex-NPA), Marwan Muhammad du CCIF, mais aussi Ismahane Chouder, présentée par Libération comme une représentante du Collectif des féministes pour l’égalité, alors qu’en réalité elle est surtout la porte-parole de Participation et Spiritualité musulmanes, antenne française d’une organisation qui dans les années 1990 assassinait des syndicalistes étudiants au Maroc et qui a pris part à la Manif pour Tous. A leurs côtés, se sont retrouvés à la tribune Michel Tubiana, ancien président de la LDH ou Laurence Blisson, du Syndicat de la Magistrature. La britannique Salma Yakoob, enfin, qui est présentée comme une militante pacifiste, participe au Royaume-Uni à la Stop The War Coalition, un collectif de gauche campiste qui sous couvert d’anti-impérialisme soutient diverses dictatures, dont l’Iran ou la Syrie de Bachar Al-Assad. C’est une personnalité très en vue dans son pays. L’organisation de ce meeting mêlant gauche radicale et organisations ou personnalités réactionnaires a malheureusement fait les choux gras d’adversaires pas franchement sympathiques, que ce soit la revue raciste et islamophobe Causeur, Eugénie Bastié du Figaro ou encore Gilles Clavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, qui est bien mal placé pour dénoncer ce genre d’initiative à l’heure où le gouvernement pour lequel il travaille organise dans le cadre de l’état d’urgence une politique répressive qui vise en priorité des musulmans ou présumés tels, les militants et globalement tous les opprimés. Notons cependant que les explications alambiquées sur fond d’électoralisme d’une Clémentine Autain niant que son organisation ait appelé à ce meeting alors qu’il était signalé sur son site ne sont pas pour clarifier les choses s’agissant d’un compagnonnage qui ne peut tout de même que poser question avec des organisations comme PSM ou des personnalités comme Tariq Ramadan.

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Dans un autre genre, une pique de Félic Boggo Ewanjé-Epée contre la "gauche de gauche", dont toute une partie est pourtant bien prompte à soutenir ce genre d'initiative.
Dans un autre genre, une pique de Félic Boggo Ewanjé-Epée contre la “gauche de gauche”, dont toute une partie est pourtant bien prompte à soutenir ce genre d’initiative.

 

A propos de la “Marche de la dignité”

Ce samedi doit avoir lieu à Paris une “Marche de la dignité et contre le racisme” avec le soutien d’Angela Davis, qui soulève des débats passionnés dans le monde militant. En cause : la présence parmi ses signataires de représentants du Parti des Indigènes de la République et de gens proches de cette mouvance, ainsi que d’associations musulmanes à caractère religieux. Encore une fois, on note parmi les premières signataires du collectif de la Marche des Femmes pour la Dignité (Mafed) la présence d’Houria Bouteldja, d’Ismahane Chouder (co-présidente de Participation et Spiritualité musulmanes) et de Rokahya Diallo des Indivisibles (qui sont eux sur une ligne beaucoup plus social-démocrate). Parmi les autres signataires, citons Saïd Bouamama et son  Front uni de l’Immigration et des Quartiers populaires (FUIQP) ou l’éditeur Eric Hazan, mais aussi le Collectif des musulmans de France (qui a soutenu la Manif pour Tous et les Journées de retrait de l’école), le rappeur dieudonniste Médine, un  militant associatif (ex?-)sarkozyste, Tarek Mouadane, fondateur de l’association Bleu-Blanc-Rouge basée à Argenteuil et même le réalisateur Mathieu Kassovitz, connu pour sa défense de diverses théories du complot, du 11-Septembre à l’affaire Mohamed Merah ou encore Tariq Ramadan. Même si le texte de l’appel en lui-même, rédigé par Amal Bentoussi, représentante du collectif Urgence notre police assassine, ne pose pas de problème majeur et si cet appel a été signé par des dizaines des personnes et d’organisations diverses en général classées à gauche ou dans la gauche radicale, doit-on pour autant fermer les yeux sur ce douteux compagnonnage, sous prétexte de lutte anti-répression et antiraciste ? Nous ne développerons pas plus avant notre position à ce sujet, qui n’a pas changé depuis le meeting polémique du 6 mars dernier, même si nous pouvons comprendre que certains souhaitent se rendre à cette manifestation avec l’espoir de ne pas laisser le terrain aux sus-cités et si nous sommes d’accord avec eux pour considérer que le combat contre les violences policières et le racisme structurel est trop important pour être abandonné à quelques personnalités ou organisations douteuses. Cependant, il nous semble nécessaire de relayer en complément quelques textes qui à nos yeux permettent de mieux comprendre les enjeux du débat. Tout d’abord, citons le texte à l’origine de la polémique : “Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème” et la réponse que lui a faite Yves Coleman de la revue Ni Patrie Ni Frontières, mais aussi un texte écrit par des militants anarchistes, “Nique la “race””. Plus généralement, notons l’analyse matérialiste de la question raciale proposée par le collectif Racialisateurs go home, qui est intéressante même si elle ne prend sans doute pas assez en compte le ressenti des personnes victimes de racisme et qui se veut une réponse à cet autre texte publié dans la revue Vacarme, qui lui adopte un point de vue intersectionnel. Parmi ceux qui annoncent leur participation à cette marche, notons le texte du groupe “Juifs et Juives révolutionnaires” qui vient de se constituer ou encore l’appel de Solidaires, qui est sur une ligne anti-répression.

Documents au format PDF  :
L’appel et la liste des signataires
Contre la marche de la dignité
Nique la “race”
Tiens, ça glisse – Racialisateurs go home