Tag Archives: Souverainisme

Le souverainisme, cette forme particulière de nationalisme ayant pour objet central la critique de la construction européenne, est le lieu privilégié de certains rapprochements gauche/droite, voire extrême gauche/extrême droite.

Allemagne : le magazine Compact organise son congrès annuel

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Aujourd’hui à Berlin, le magazine complotiste et souverainiste de Jürgen Elsässer Compact organise son colloque annuel à guichets fermés (les 1000 places ont été vendues  trois jours auparavant), autour du thème “Liberté pour l’Allemagne”. Au programme : nationalisme, soutien à Vladimir Poutine et théories du complot. Parmi les invités, plusieurs conspirationnistes : Thierry Meyssan, l’Américain F. William Engdahl, l’ancien ministre fédéral allemand et membre du SPD Andreas von Bülow. Un discours de l’Américain Ron Paul – qui est un libertarien de tendance paléoconservateur membre du Parti républicain – est annoncé comme point d’orgue de la journée. Elsässer, qui est une ancien maoïste, a écrit un des textes fondateurs du mouvement antideutsch au début des années 1990, avant de devenir dans les années 2000 un théoricien du conspirationnisme, ce qui l’a conduit à adopter des positions de plus en plus réactionnaires, jusqu’à fréquenter des personnalités d’extrême droite. Ainsi, Compact a reçu en 2013 Béatrice Bourges du Printemps français pour sa conférence annuelle qui était consacrée à la famille, au cours de laquelle elle s’est faite chahuter par des contre-manifestants. Ce jour-là était aussi présents l’économiste allemand et membre du SPD  Thilo Sarrazin, qui a été exclu du directoire de la Deutsche Bank en 2010 pour des propos racistes, ou encore une représentante du parti souverainiste Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne) et une autre de Russie Unie, le parti de Poutine (voir, en allemand, ici et ). L’année dernière, c’est le député français Claude Goasguen qui a pris part à l’événement, autour du thème “Paix avec la Russie”, où était également présent Vladimir Yakounine. Autre habitué de ces rendez-vous : John Laughland, de l’officine pro-Kremlin basée à Paris Institut de la Démocratie et de la Coopération.

Source : compact-online.de/4-compact-konferenz-fuer-souveraenitaet-2015/

Réfugiés : encore une diarrhée verbale de Jean Bricmont

Après Saint Michel, Saint Jean dans ses grandes oeuvres. Illustration Conspis hors de nos vi[ll]es.
Après Saint Michel, Saint Jean dans ses grandes oeuvres. Illustration Conspis hors de nos vi[ll]es. (Cliquer pour agrandir)
Jean Bricmont a publié il y a deux jours un texte aux relents nauséabonds sur RT, à propos de la solidarité avec les réfugiés. Ça commence fort, puisqu’il entend distinguer les “vrais” des “faux” réfugiés et remet en cause la sincérité des actions de solidarité avec les réfugiés, puisque diligentées selon lui par ce qu’il appelle la “gauche morale” qui va de BHL, Cohn-Bendit et Attali (dont on se demande bien ce qu’ils ont pu faire de concret pour les réfugiés) à “l’extrême gauche” (dont les composantes sont effectivement mobilisées sur ce terrain) : “Personne ne peut rester insensible à la tragédie des réfugiés, même lorsqu’il s’agit de «faux réfugiés» ou de «réfugies économiques» et même s’ils viennent de Turquie et pas directement de Syrie. Et on ne peut qu’applaudir les gestes de solidarité avec les réfugiés, quand ils sont sincères.” Bricmont se demande, à l’image de la droite et de l’extrême droite mais aussi d’une partie du PS par exemple, quel est le “seuil de tolérance” de nos sociétés, en s’interrogeant : “Combien de réfugiés voulez-vous accueillir ?” Mobilisant les clichés les plus éculés, il affirme : “Et il est illusoire de croire que l’arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail (qui est aussi un marché) n’exerce pas une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. Par conséquent, il n’est pas étonnant que ce soient les «couches populaires» qui réagissent, en général négativement, à l’arrivée des réfugiés et les couches privilégiées, dans lesquelles se recrute le gros de la gauche morale, qui sont favorables à cette arrivée.” Ainsi selon Bricmont, “on assiste à une sorte de lutte des classes un peu nouvelle et qui ne concerne pas seulement les réfugiés, mais tout ce qui nous est vendu comme «ouverture» : les délocalisations, l’importation massive de biens produits dans des pays à bas salaires et l’arrivée de gens venant de tels pays, principalement de l’est de l’Europe.” Sympathique comparaison : les êtres humains au même niveau que les marchandises. Étrange vision de la lutte des classes aussi, qui oppose les pauvres entre eux en fonction de leurs origines nationales et soutient qu’il y aurait une sorte d’alliance objective entre les plus pauvres d’entre les pauvres et la grande bourgeoisie intellectuelle. “On peut reprocher aux travailleurs qui veulent éviter d’être mis en concurrence directe avec plus pauvres qu’eux d’être égoïstes. Mais la gauche morale est mal placée pour donner des leçons d’altruisme à une époque où la croissance des inégalités profite aux couches sociales dont elle fait partie. C’est bien pour cela que l’accusation principale contre le «peuple» est fondée, non sur l’égoïsme, mais sur le racisme, la gauche morale étant évidemment «antiraciste», c’est-à-dire favorable à une ouverture qui la favorise économiquement. Dans le temps, ce genre d’altruisme avait un nom : l’hypocrisie.” Il est vrai que Bricmont, lui-même intellectuel bourgeois et grand moraliste, ne fait pas ici preuve d’un paternalisme méprisant à l’égard d’un peuple fantasmé. De plus, il est inepte d’associer des composantes de l’extrême gauche au genre de discours qu’il décrit. Le physicien belge trouve également légitimes les interrogations venues de l’extrême droite selon lesquelles des terroristes puissent s’infiltrer parmi les réfugiés. Enfin, s’exprimant sur un média poutinien, Bricmont, qui ne cesse de condamner “le droit d’ingérence”, le trouve tout à coup très bien quand il est appliqué en Syrie par “la Russie qui, avec son président, est constamment diabolisée par la gauche morale.” Sans surprise, il finit son laïus avec des relents nationalistes : “Ultimement, la question des réfugiés repose la question fondamentale de la souveraineté nationale […]. Il y a une grande différence entre aider librement des gens en détresse et être forcés à le faire. […] personne n’aime être forcé à être «altruiste», surtout lorsque cela est imposé par des gens qui ne le sont pas.” Fermez le ban !

Source : francais.rt.com/opinions/7888-tragedie-refugies-gauche-morale

Grande pétition rouge-brune pour la sortie de la France de l’Otan

Comité Valmy (bis) : parallèlement à ses sorties anti-migrants, le Comité Valmy vient de lancer une énième pétition confusionniste pour la sortie de la France de l’Otan, intitulée “Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré”. Cet “appel pluraliste” a été signé par un ensemble de groupuscules souverainistes et d’anti-impérialistes campistes de gauche comme de droite aux noms évocateurs : Collectif Résistance et renouveau gaullien, Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle, Association France – Corse , Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR, Association NordSudPatrimoineCommun, Mouvement Républicain de Salut Public, Comaguer, Editions Démocrite, Association Espace Che Guevara Bolbec 76210, Cercle des Patriotes optimistes. Parmi les signatures individuelles, on compte plusieurs anciens hauts gradés de l’armée ou d’anciens ambassadeurs, mais aussi Thierry Meyssan, Raphaël Berland (Cercle des Volontaires), la négationniste Ginette Skandrani, Bruno Drweski et plusieurs de ses amis (Jean-Pierre Page, Yves Vargas), les larouchistes Jacques Cheminade et Christine Bierre, l’inévitable Pierre Lévy de BRN-Ruptures, l’hagiographe de Staline Dominico Losurdo, la complotiste Chantal Dupille dite Eva R-esistons, le blogueur Lucien Pons (du Comité pour une Nouvelle Résistance), Bassam Tahhan, le couple Moumbaris (d’anciens militants de l’ANC qui se définissent comme “marxiste-léniniste-staliniste”), Yannick Herve (ex-UPR, qui signe en tant que “souverainiste de gauche”), la journaliste de Sputnik News Françoise Compoint, le journaliste d’extrême droite Jean-Michel Vernochet, le blogueur cégétiste Jacques Tourteaux, le blogueur Christian Hivert qui tout en se disant “communiste libertaire” anime le site “anti-antifa” mouvementautonome.com, François Belliot (collaborateur du Réseau Voltaire et d’Arrêt sur Info, qui signe en tant qu’ “homme de lettres”), le Comité anti-impérialiste mais aussi des militants communistes, gaullistes, du PRCF, de l’UPR, du Front de Gauche, de Nouvelle Donne, du Mouvement du 14-Juillet ou du M’Pep (ils signent encore sous cette dénomination). Des sites et blogs ont également adjoint leur signature, dont Wikistrike, le Réseau Voltaire, Planète non violence (tous trois complotistes), Palestine Solidarité (site “antisioniste” publiant des négationnistes), La Pensée libre (revue animée par Bruno Drweski), La Voix de la Libye (site kadhafiste de Ginette Skandrani), etc. Le Comité Valmy est un habitué du genre : on se souvient en particulier de son “Appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci” initialement paru en 2012 et republié récemment, sous lequel on retrouvait le même mélange moisi.

Le Comité Valmy contre les “migrations de remplacement”

Le Comité Valmy, collectif souverainiste qu’on peut sans grand risque d’erreur qualifier de rouge-brun, sort lui aussi du bois à propos des migrants, en postant ces derniers jours des articles appelant à la fermeture des frontières. “Le Comité Valmy dénonce à nouveau, le caractère délétère de l’accord de Schengen. Celui-ci comme on le voit plus que jamais aujourd’hui, rend en particulier incontrôlable par les États-nations, le développement dangereux des flux migratoires”, explique-t-il ainsi. “Le Comité Valmy estime que la France doit se retirer de l’Espace Schengen, dénoncer cet accord et rétablir ses frontières ainsi que la souveraineté de notre peuple-nation”, ajoutant : “en réalité, ces tragédies s’intègrent dans une stratégie migratoire de long terme. La politique migratoire communautaire est volontairement immigrationniste.” Ce collectif, qui compte parmi ses fondateurs des militants venus d’une tradition communiste et même d’anciens résistants, se laisserait-il contaminer par la théorie du “grand remplacement” ? En tout cas il affirme : “M. Lamy justifie ces migrations de remplacement par le manque de vigueur démographique de l’Europe.” Selon le Comité Valmy, ces “migrations de remplacement” serait orchestrées par le patronat, le gouvernement et les églises, soutenues par une propagande venue des Etats-Unis. “Or, certains peuples, insensibles aux leçons de morale mais conscients de la réalité de la situation, refusent de se faire remplacer”, indique le Comité, se félicitant des provocations anti-migrants de l’extrême droite, concluant sur une note totalement anachronique : “c’est en réalité la totalité des travailleurs européens qui se trouvent mis davantage sous pression de l’armée de réserve migratoire. Le risque de guerre civile est loin d’être négligeable. Voir les massacres du début du Vè siècle, découlant des grandes invasions barbares décrits par Gibbon dans Déclin et chute de l’empire romain.” A l’appui de cette thèse, le comité Valmy relaie par ailleurs les propos de Michel Onfray sur la question ou un vieil article de La Voix de la Russie.

Source : comite-valmy.org/spip.php?article6294

Jean-Luc Mélenchon : “Nous préférons la France à tout autre chose”

Dimanche dernier, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de “C Politique” sur France 5. A propos de la crise des migrants, il a déclaré que s’il fallait les accueillir, on ne pourrait le faire sur la durée :

“Les gens nous devons les accueillir pour la raison qu’il n’y a aucune autre solution rationnelle […]. On ne peut faire autrement que notre devoir humain […]. Et j’adjure que tout le monde comprenne que la loi du cœur est la bonne dans ce cas. Mais après comme responsable politique, on ne doit pas se moquer des gens. Cette année, le gouvernement allemand dit qu’il va accueillir 800 000 réfugiés. Supposons qu’il le fasse réellement […]. Et l’année suivante ? Accueilleront-ils 800 000 personnes de plus ? Et l’année d’après ? Ce n’est pas sérieux. Nous ne pouvons pas faire face à la situation avec de telles méthodes. Il faut donc dissuader les gens de partir en leur donnant des raisons de rester. C’est à dire qu’il faut que nous assumions nos responsabilités. C’est l’Europe avec les Etats-Unis qui ont déclenché la guerre d’Irak qui a déclenché une pagaille gigantesque. C’est l’Europe qui a entretenu les troubles d’opposition qui ont emmené la guerre en Syrie. […] Par conséquent, il faut maintenant arrêter cette politique-là, traiter les causes, parce que nous ne seront pas capables d’accueillir des vagues humaines de cette ampleur. […] Ce qui sont là, nous ne les rejetterons pas à la mer. Mais il est urgent d’arrêter l’hémorragie qui fait que ces gens sont obligés de partir. Donc débrouillons-nous pour faire la paix en Syrie.”

Et d’en appeler pour ce faire à rouvrir des discussions avec Bachar Al-Assad, à l’instar de ce que fait Poutine, en vue d’imposer un “gouvernement d’union nationale” qui réunirait, si on le suit, des partisans de Bachar et “tous les démocrates de ce pays”. Et qui devrait imposer un tel gouvernement ? “Nous puissances occidentales”. Colonialisme, quand tu nous tiens… Par ailleurs, sur la question de l’Europe et de l’euro, le leader du Parti de gauche a déclaré : “Nous préférons la France à tout autre chose, et le diable l’emporte qui n’est pas avec nous. La France, notre indépendance, notre liberté, la démocratie. Ce sont des valeurs fondamentales de l’Europe, elles ont disparu du rêve européen.” Enfin, à la question de savoir qui était le plus à même de battre Marine Le Pen, il a modestement répondu : “Moi, parce que je suis ce qui est le plus le contraire. Et par conséquent, c’est ce qui est le plus respectueux de l’intelligence des Français.” Et comme conseil de lecture pour la rentrée, le livre de Jean-Christophe Cambadélis (PS) : “Celui de Camba est intéressant et bien écrit. Évidemment je suis en désaccord complet, mais je pense que ça vaut la peine pour bien comprendre le parti socialiste d’aller lire le dernier des Mohicans, le dernier qui croit à la social-démocratie.” Voir quelques tweets de Jean-Luc Mélenchon pendant cette émission (cliquer pour agrandir) :

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Jean Bricmont sur les migrants : “le Mur de Berlin, il n’était pas très franchissable.”

Jean Bricmont, qui continue de clamer qu’il aurait des amis à gauche, a donné une longue interview à l’Agence Info libre sur la question des migrants. Comme à son habitude, il s’y est fait l’avocat des idées d’extrême droite. Sous prétexte que l’expression de la solidarité ne serait pas majoritaire et que tout cela allait provoquer “une réaction anti-réfugiés”, il faudrait prêter l’oreille aux discours xénophobes de tous poils : “Là je vais me faire l’avocat du diable des différents “racistes” qu’on dénonce comme anti-réfugiés. Même si moi je ne me situe pas là-dedans, je comprends pourquoi il y a ces réactions : premièrement, on ne dite jamais aux gens combien de réfugiés vont venir. beaucoup de bonnes âmes nous disent que l’Europe n’accueille qu’une toute petite fraction des réfugiés dans le monde. mais les gens qui ont peur de ceux qui viennent déjà ne vont pas être enthousiastes si on leur dit : “vous savez, il y en a huit millions en Syrie”. […] Ca va encore plus les pousser à vouloir fermer les frontières.” Faut-il en conclure qu’il faut fermer les frontières pour combattre la montée du racisme ? On n’en est pas loin, d’autant que Bricmont explique aussi, s’agissant du mur anti-migrants hongrois, et alors que Jonathan Moadab lui-même trouve que “ce n’est pas une solution” : “Mais n’empêche, le Mur de Berlin il n’était pas très franchissable. Ça dépend quel mur on fait. Moi je ne suis pas pour construire des mur, mais dire que ça n’a pas d’effet… Aux États-Unis, leur mur a réduit l’immigration.” Tous les clichés y passent, y compris le fameux argument de la concurrence des mains d’œuvre et de la remise (forcée ?) des chômeurs au travail : “A gauche, j’entends toute le temps dire : oui, mais il n’y a pas d’emplois, ça ne sert à rien de forcer les gens. Mais il y a des emplois ou il n’y a pas d’emplois ? si il y a des emplois pour les travailleurs clandestins ou les gens qui viennent ici, pourquoi ne pas mettre des chômeurs à travailler à ça ?” Ou encore l’argument de la présence potentielle de terroristes parmi les migrants (que Bricmont appelle “clandestins”)… “Il n’y a pas de solution humaine et politiquement possible : ce qui serait humain c’est de les accueillir, mais c’est politiquement impossible”, conclut-il. Et de dénoncer le “gauche morale” et les “droits-de-l’hommistes” qui ont “poussé à l’ingérence et maintenant poussent à l’accueil des réfugiés”. Et de rappeler que la guerre de Libye a été un épisode-clé ayant déclenché cette arrivée massive de migrants, sans dire que jusque là l’Europe sous-traitait le problème à la dictature kadhafiste. A l’adresse de BHL et d’autres intellectuels qui traiteraient le peuple français de “racistes” et de “salauds”, Bricmont répond : “une petite parenthèse pour ceux d’entre eux qui sont des défenseurs d’Israël, on se demande pourquoi si accueillir des réfugiés c’est tellement bien, Israël n’a pas repris les réfugiés palestiniens de 1948.” Il trouve “odieux” ce “mépris du peuple” (mais que fait-il en prétendant parler en son nom ?) et “l’idéologie des droits de l’Homme” qui selon lui “imprègnent une bonne partie de la gauche” et qui s’agissant de la seconde “remplace les religions traditionnelles”. Il y a quelques mois, invité dans l’émission “Hors-Série” de Judith Bernard, il expliquait déjà que vouloir expulser les gens en situation illégale ne relevait pas du racisme, car “ça rentre dans la définition même de la souveraineté nationale”, qui suppose “une définition de la différence entre les citoyens et les non-citoyens”.

Souverainisme : un texte de Jean-Loup Amselle à lire

Sur la question du souverainisme, un article intéressant à lire de l’anthropologue Jean-Loup Amselle sur la question du souverainisme dans Libération. Il y souligne que “hors des bonnes ou des mauvaises intentions des uns et des autres, il n’existe pas, contrairement à ce que pensent certains – Frédéric Lordon -, de bonnes formes de souverainisme qui s’opposeraient à de mauvaises formes de cette figure du politique, celle incarnée de façon caricaturale par Jacques Sapir.” L’anthropologue y rappelle que :

“Au sein de la gauche, la pente souverainiste est ancienne, qu’on se souvienne du rapprochement raté de Jean-Pierre Chevènement avec Charles Pasqua, rapprochement renouvelé récemment entre le premier et Nicolas Dupont-Aignan à la tête du mouvement de la droite extrême, Debout la France. Mais, elle touche bien d’autres secteurs de la gauche comme ceux se réclamant de la Gauche républicaine, qui mettent en avant la notion d’«insécurité culturelle» censée affecter les Français dits «de souche» en butte, selon eux, aux avantages indument accordés aux immigrés. Elle explique également le glissement d’un certain nombre de personnalités issues de la gauche vers une posture «nationale républicaine», type Marianne ou Causeur, défendant l’érection de frontières nationales protégeant la France d’une mondialisation sauvage. Face à une mouvance «souverainiste-nationaliste» existerait donc une bonne mouvance «souverainiste populaire», celle représentée sous la Révolution par Robespierre (Frédéric Lordon). Or, le souverainisme populaire semble difficilement pouvoir échapper au cadre de l’Etat-nation […]”

Même si on peut avoir des réserves s’agissant de son analyse de Podemos comme porteur d’une véritable alternative, le penseur marxiste rappelle que “Rabattre la souveraineté populaire sur le cadre de l’Etat-nation conduit donc à fétichiser celui-ci comme forme d’expression privilégiée du politique. Dans une optique de gauche, marxiste, le schéma national n’a jamais constitué l’échelon pertinent d’analyse puisque ce sont les rapports sociaux de production qui formaient l’armature de la problématique et de l’organisation des luttes.”

Jean-Pierre Chevènement à l’université d’été de Debout la France

deboutlafranceToujours dans la galaxie souverainiste, nous avions oublié de mentionner la présence de Jean-Pierre Chevènement à l’université d’été de Debout la France. Cela fait suite à l’appel initié par l’ancien ministre en juin dernier à l’attention des « républicains de l’autre rive », dont Nicolas Dupont-Aignan. Lequel avait répondu par une tribune dans FigaroVox le 17 juin, qu’en effet, “l’enjeu est au-delà de la gauche et de la droite puisqu’il s’agit d’offrir un autre destin à notre pays avant qu’il ne soit trop tard”, se félicitant de voir ses valeurs et celles de Chevènement partagées “par de nombreuses figures, comme Henri Guaino ou Arnaud Montebourg”. Et de conclure : “Nul besoin de se renier pour travailler tous ensemble: ce qui nous rassemble est plus fort ce qui nous divise ! Cher Jean Pierre, bravo, merci et à bientôt.” Les deux souverainistes se sont donc logiquement retrouvés à l’université d’été du parti de Dupont-Aignan qui s’est exclamé : “On nous appelait les Républicains des deux rives, comme si il y avait un fleuve entre nous. Ce fleuve, c’est un petit ruisseau, et on peut l’enjamber aujourd’hui !” Il a logiquement dénoncé le «faux clivage gauche-droite», s’affirmant convaincu que le vrai clivage se situe «entre patriotes et mondialistes», dénonçant «une France colonisée économiquement, démographiquement, culturellement» et citant en exemples Philippe Séguin, Charles Pasqua, Philippe de Villiers ou Régis Debray.

Jean-Marie Harribey critique autant Sapir que Lordon

Jean-Marie Harribey (Attac, Alternatives économiques, Economistes atterrés, Politis, Fondation Copernic) a jugé le 30 août dernier “tardives et donc assez peu crédibles” les “indignations justifiées” qui ont suivi les déclarations de Jacques Sapir relatives à une alliance anti-euro pouvant s’ouvrir jusqu’au FN. En particulier, il propose dans son article publié sur le blog d’Alternatives économiques une critique de l’article de Frédéric Lordon, “Clarté”, que nous évoquions précédemment. Harribey y revient sur les origines de ces polémiques animant le champ des économistes dits “hétérodoxes” et s’interroge sur leur responsabilité (Harribey s’inclut dans la critique) dans la confusion actuelle. A propos de Sapir, il note qu’ “On tombe toujours du côté où l’on penche” et relève chez lui une absence “d’analyse de classes” et une “ignorance totale du modèle productif à initier en pensant que le productivisme est reconductible”. A Lordon qui reproche à ceux qu’il appelle les “altereuropéistes” (qualificatif par lequel Harribey se sent visé) d’avoir “ignoré ou oublié la dualité signifiante de la « nation souveraine », l’économiste membre du conseil scientifique d’Attac répond : “Où est la dualité quand Frédéric Lordon théorise l’identité entre nation et souveraineté ? À moins qu’il s’agisse d’une ruse de la dialectique ? Si oui, l’unité des contraires ne suppose-t-elle pas la contradiction entre eux ?” L’article d’Harribey sent aussi la gueule de bois de ceux qui avaient fondé leurs espoirs dans Syriza pour faire bouger les lignes au niveau européen, une illusion largement partagée par l’ensemble de ces économistes issus de l’altermondialisme : “le gouvernement d’Alexis Tsipras s’est bercé d’illusions pendant six mois et n’a préparé aucune voie alternative pour inverser le rapport de force”, écrit-il aujourd’hui : “difficile d’y voir clair après la défaite de la Grèce qui est aussi la nôtre”.

Frédéric Lordon juge “monstrueuse” une possible alliance avec le FN

Face aux déclarations de Jacques Sapir appelant à une alliance anti-euro qui regrouperait jusqu’au FN, celles de Jean-Pierre Chevènement allant dans le même sens ou celles de Nicolas Dupont-Aignan qui le 29 août dernier lors de la soirée de clôture de l’université d’été de Debout la France a « rassembler au-delà des appareils les patriotes de droite, de gauche et d’ailleurs », une des rares voix dissonantes chez les intellectuels souverainistes est celle de Frédéric Lordon. L’économiste a en effet publié sur son blog le 26 août dernier un texte intitulé “Clarté” dans lequel il juge de telles alliances “invraisemblables”. “Le drame politique se noue véritablement quand la confusion n’est plus seulement alimentée par ce qu’on appellera la droite générale – où le PS se trouve évidemment inclus – mais depuis la gauche également, et sous deux formes diamétralement opposées : l’entêtement de la gauche alter-européiste à « changer l’euro », la perdition d’une autre gauche dans la tentation, pour le coup, oui, monstrueuse, de l’alliance avec le Front national”, explique l’économiste, qui reproche à Jacques Sapir d’avoir cédé à “une idée despotique” et d’avoir “perdu tout sens de l’histoire”, indiquant : “il y a pire que l’égarement : l’égarement pour rien. Car voici la tragique ironie qui guette les dévoyés : le FN, arrivé au pouvoir, ne fera pas la sortie de l’euro.” Et d’en appeler à une sortie de gauche de l’euro, la seule possible selon lui. Pour autant, Lordon ne renonce pas à son antienne : réhabiliter l’idée nationale à gauche, alors même que le chauvinisme est une des sources importantes de la confusion qui règne dans certaines franges de ce camp politique. “Dans ces conditions, la faute intellectuelle de l’alter-européisme est triple : il a manqué à voir la dualité du signifiant « nation souveraine », abandonné à la droite d’en imposer sa lecture, et par cet abandon même trahi son propre legs historique : car en France la nation souveraine naît en 1789, elle se constitue comme universalité citoyenne, elle exprime le désir de l’autonomie politique, désir d’un peuple en corps de se rendre maître de son destin, bref elle est de gauche”, explique-t-il. L’économiste, qui continue donc d’affirmer qu’il ne faut pas laisser l’idée nationale à l’extrême droite, n’analyse pour autant pas le retournement de Sapir (que d’ailleurs il fallait être aveugle pour ne pas voir avant août) comme n’étant finalement que la conclusion logique et pratique de son souverainisme. De même, en focalisant sur l’euro (ne fait-il pas à ce sujet du “mono-idéisme” lui aussi ?), il n’explique pas non plus comment une sortie de cette monnaie pour revenir à une monnaie nationale permettrait de combattre efficacement le capitalisme et de mettre fin à ses ravages, dans la mesure où la monnaie, qu’elle qu’elle soit, est un des principaux instruments sur lequel ce dernier repose.