Tag Archives: Meeting du 6 mars 2015

Le 6 mars 2015, un meeting contre l’islamophobie était organisé à la Bourse du Travail de Saint-Denis (Seine Saint-Denis). La participation annoncée d’organisations religieuses réactionnaires a entraîné une polémique quant à l’opportunité ou non pour le camp progressiste de construire de telles alliances, fût-ce pour remplir un objectif antiraciste. Nous avons pour notre part pris position contre ce qui nous semblait être une erreur politique et stratégique.

Réflexions sur l’islamophobie

actu-fppSuite au meeting organisé à Saint-Denis (93) le 6 mars dernier pour lutter contre l’islamophobie, l’Actualité des Luttes sur Fréquence Paris Plurielle (FPP, 106.3 FM en région parisienne) a réuni quelques invités pour réfléchir sur la pertinence ou non du concept d’« islamophobie”. En plateau : Ornella Guyet, animatrice de Confusionnisme.info, militante antifasciste et auteure d’une tribune contre le fait de lier des organisations religieuses réactionnaires au combat antiraciste, Germinal Pinalie, militant marxiste qui prépare un livre sur les identitaires de gauche [ajouter le lien vers son blog] et Brahim, militant de gauche radicale. L’émission est écoutable et téléchargeable sur Sons en Lutte.

Des militants d’Ensemble! justifient des alliances avec la droite et le patronat

Du côté du mouvement Ensemble! (Front de gauche), plusieurs militants (Laurianne Alluchon, François Calaret, Marjolaine Christien-Charrière, Ingrid Hayes et Laurent Levy) ont signé mercredi dernier une tribune intitulée “Meeting du 6 mars contre l’islamophobie : une lutte ne fait pas oublier les autres” dans laquelle ils justifient y compris des alliances conjoncturelles mais néanmoins stratégiques avec la droite et le patronat : “Nous n’avons heureusement pas hésité à combatte (sic) pour le mariage pour toutes et tous aux côtés d’organisations patronales LGBT ou de personnalités de droite dont nous combattons par ailleurs sans complaisance les orientations réactionnaires. La constitution de fronts, qui est au cœur de notre politique, suppose de réaliser, sur chaque combat, l’unité la plus large.” Dès lors, on se demande effectivement où placer les limites de l’inacceptable…

Fait religieux : où va le NPA ?

Pascal Morsu, militant du NPA, a publié à l’occasion de la polémique récente sur le meeting du 6 mars un texte très intéressant intitulé “Lutter contre TOUS les racismes” qui revient entre autres sur les vifs débats qui agitent en ce moment son parti autour de ces questions. Lui prend clairement position contre des alliances avec des groupes réactionnaires et contre toute banalisation du fait religieux au sein des mouvements marxistes et du NPA en particulier. Une position malheureusement loin de faire l’unanimité, si on en croit le fait qu’une réunion publique se tiendra le 18 mars à la librairie parisienne du parti, La Brèche, autour du thème “Les filles voilées parlent” en présence de Pierre Tevanian, Ndella Paye du collectif Mamans toutes égales et surtout Ismahane Chouder de PSM, au grand dam de nombre de militants. Tévanian et Chouder ont coordonné la rédaction d’un livre éponyme paru en 2008 aux éditions La Fabrique.

A propos des réactions des Indivisibles et de Caroline Fourest

Du côté des organisations plus institutionnelles, Les Indivisibles ont répondu sans surprise sur Streetpress en annonçant qu’ils se rendraient à ce meeting sans vraiment émettre de réserves quant à la participation d’organisations réactionnaires. En revanche, nous ne nous reconnaissons pas dans leurs accusations visant à attribuer à celles et ceux qui le critiquent des propos trahissant une “tendance à rhabiller ce meeting du costume des affreux barbares islamo-communautaro-fascistes” et autres qualificatifs du même acabit. A l’inverse, l’essayiste Caroline Fourest a de son côté sans surprise non plus critiqué sur son blog la tenue de ce meeting, mais en mettant en cause y compris son mot d’ordre anti-sécuritaire, alors que ce serait selon elle le “terrorisme” qui serait premier responsable du “climat de guerre” dénoncé dans l’appel à cette réunion, quand il n’y aurait “pas assez” de policiers pour “nous protéger”. Nous ne pouvons bien entendu pas être en accord avec cette analyse, les violences policières faisant sauf exception chaque année dans un pays comme la France bien plus de victimes que le “terrorisme”, quand bien même elles sont largement moins médiatisées et font en général l’objet d’une grande complaisance de la part de l’institution judiciaire. Il est pour nous tout aussi urgent de combattre les politiques sécuritaires, le racisme sous toutes ses formes, le sexisme et les réactionnaires de tous poils.

A propos de la réaction du Capab

De son côté, le Capab (Collectif antifasciste Paris-Banlieue), qui participera au meeting de ce soir, a réagi en publiant un communiqué appelant à être sans concessions contre l’islamophobie et contre tous les racismes, ce à quoi nous ne pouvons qu’applaudir. Cependant, il ne répond pas publiquement sur le fond du problème s’agissant de savoir si, sous prétexte de lutte antiraciste, il est ou pas possible de s’allier avec des gens défendant des formes d’oppressions s’agissant des femmes, des LGBTI ou de toute autre catégorie de la population qui serait elle aussi victime de racisme ou de discriminations. Si nous sommes nous aussi favorables à l’auto-organisation des opprimé-e-s, nous ne pensons pas pour autant que des organisations comme l’UOIF soient représentatives de cette auto-organisation. Au contraire, l’UOIF est une organisation bourgeoise et représentante auto-proclamée des musulman-e-s de France, en recherche permanente de légitimité auprès du pouvoir politique. Elle a d’ailleurs, faut-il le rappeler, pris part aux manifestations d’union nationale ayant fait suite aux attentats de janvier.

Des féministes et LGBT appellent à construire un rapport de force contre les réactionnaires

Sur Paris Luttes Info, un collectif féministe et LGBTI appelle à construire un rapport de force contre les réactionnaires au cœur même des initiatives et du mouvement antiraciste. Affirmant subir l’islamophobie et ne pas pouvoir “se payer le luxe de boycotter un tel meeting”, ils appellent à les rejoindre celles et ceux partageant le mot d’ordre “Ne laissons pas nos ennemis parler en notre nom. Faisons entendre notre propre voix”, notamment contre celles de PSM et de l’UOIF à qui il s’agit de montrer qu’elles ne sont pas les bienvenues au sein du combat antiraciste.  Malgré les réserves qu’on peut avoir sur certains points développés dans ce texte, notamment sur la distinction « non-Blancs” / “Blancs” qui fondrait la légitimité ou non à s’exprimer sur cette initiative et sur le fait que choisir de ne pas y participer sur la base du refus des alliances douteuses serait un “luxe” réservé auxdits “Blancs”, il soulève néanmoins quelques questions intéressantes, s’agissant entre autres d’étendre la critique et le refus des alliances indésirables aux organisations réformistes de droite comme de gauche. Il est possible de contacter ses initiateurs et initiatrices à l’adresse louverturedutruc[at]riseup.net.

Meeting contre l’islamophobie, suites

Si le débat récemment enclenché autour de la question de savoir s’il convenait ou non de signer des appels unitaires contre l’islamophobie avec des organisations religieuses réactionnaires a entraîné des discussions internes au sein de plusieurs des organisations de gauche annoncées au meeting du 6 mars, seule Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV) a pour le moment officiellement retiré sa signature, non sans que certains de ses représentants fassent part de leur opposition à cette décision. Rappelons que nous avons nous-même pris position contre le fait d’accepter de telles alliances, et donné la parole à Hassan Aglagal, militant du NPA inquiet lui aussi de ces dérives.

“Assez de Participation et Spiritualité musulmanes dans nos luttes !”

Hassan Aglagal, militant marocain membre du NPA, est scandalisé de voir Participation et Spiritualité musulmane, un mouvement religieux réactionnaire d’origine marocaine, participer régulièrement à des initiatives antiracistes aux côtés de formations de gauche. Suite à notre prise de position contre le fait de tenir meeting commun avec l’UOIF, il nous a sollicités pour rendre publique son indignation face à cet état de fait.

Gauche radicale, marxisme et question religieuse : une revue de presse

Sur le problème du rapport de la gauche radicale à la question religieuse et à l’islam en particulier, plusieurs contributions ont attiré récemment notre attention, notamment un article très fouillé datant de 2005 et republié en janvier de la revue Ni Patrie Ni Frontières et un texte à tonalité pamphlétaire publié par le militant marxiste proche de Lutte ouvrière Yann Kindo. Même si nous pouvons avoir quelques divergences avec les auteurs, notamment en termes de vocabulaire, ces deux textes invitent à réfléchir à cette problématique trop souvent éludée dans les milieux libertaires et de gauche radicale. De plus, tant Ni Patrie Ni Frontières que Yann Kindo proposent d’autres textes de fond s’agissant du concept d’islamophobie (voir ici et ), du rapport de la gauche radicale à l’islam politique notamment au Royaume-Uni (voir par exemple ici) mais aussi dans certains pays de culture islamique dont l’Iran et la Palestine (voir ) ainsi que s’agissant des idées développées par Marx et certains de ses successeurs sur la question religieuse (voir ici et ) qui permettent, pour ceux qui le les connaîtraient pas, de mieux situer leurs analyses récentes dans le contexte plus large d’une pensée marxiste qui refuse de se renier, préférant parler de lutte des classes plutôt que de questions identitaires. Et toujours à lire sur ce sujet, l’excellent texte de Germinal Pinalie sur les identitaires de gauche.

“Pourquoi je n’irai pas au rassemblement contre l’islamophobie aux côtés de l’UOIF”

Pour contrer l’islamophobie, la gauche radicale appelle à un meeting le 6 mars. Parmi les guests, l’UOIF qui entretient des liens avec des nationalistes de tous poils. « L’antiracisme oui, mais pas avec n’importe qui ! », attaque Ornella Guyet dans une tribune parue sur Streetpress.