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Retour sur la Marche de la Dignité

On en sait un peu plus aujourd’hui sur la Marche de la dignité, qui a réunit 5000 à 10 000 personnes samedi dans les rues de Paris contre les violences policières. Si les Indigènes de la République étaient bien peu nombreux derrière leur grande banderole, en revanche, leur leader Houria Bouteldja s’est retrouvée en tête de cortège. Le rappeur Médine (connu pour défendre Dieudonné et Kemi Seba) a également pris une part active à l’organisation de l’événement, en prêtant son camion de tournée (sur lequel figurait un immense portrait de lui) pour accueillir les discours, quand Tariq Ramadan a lancé quelques jours avant un appel sur Twitter à soutenir l’événement en y participant ou en le finançant. La présence d’une société de sécurité privée, SGE, pour sécuriser la tête de cortège a également été confirmée. De plus, selon certains témoignages, la négationniste Ginette Skandrani aurait fait une apparition. Alternative libertaire, qui a publié un compte-rendu élogieux de l’événement, regrette tout de même « les invectives antisémites qui ont jailli, sporadiquement, sur le passage des banderoles de l’UJFP et d’un nouveau collectif, Juives et Juifs révolutionnaires (JJR) », tout en affirmant que ces dernières ont été « largement contrebalancées par les nombreux témoignages d’amitié et les encouragements reçus tout au long du parcours. » Finalement, le sentiment général est que chacun a défilé côte-à-côte en évitant de se croiser. Chaque organisation de gauche radicale s’est ainsi contentée de photographier son propre cortège ou de rendre compte de sa propre présence, sans s’appesantir sur les aspects polémiques. Selon certains témoignages que nous avons pu recueillir, nombre de militants de ces organisations auraient d’ailleurs quitté le cortège avant sa fin, de sorte que seuls quelques centaines de personnes sont restées pour assister aux discours finaux, au cours desquels le Mafed s’est présenté comme une organisation de « femmes racisées, féministes et révolutionnaires » et l’écrivaine Nargesse Bibimoune a tenu à remercier « dieu » de son soutien. La présence de Saïd Bouamama à la tête de son FUIQP a également été remarquée. Notons aussi la participation d’au moins un cadre du PS, qui a déclenché une polémique au sein de son parti. Enfin, des opposants à la marche ont effectué un collage tout au long de son parcours. Un point positif tout de même : si l’Agence Info libre a pu tranquillement filmer cortèges et discours, en revanche, Vincent Lapierre et sa caméraman se sont faits éconduire, après être venus jouer les provocateurs queneliers devant les cortèges libertaires et antifascistes qui fermaient la manifestation.

A propos de la “Marche de la dignité”

Ce samedi doit avoir lieu à Paris une “Marche de la dignité et contre le racisme” avec le soutien d’Angela Davis, qui soulève des débats passionnés dans le monde militant. En cause : la présence parmi ses signataires de représentants du Parti des Indigènes de la République et de gens proches de cette mouvance, ainsi que d’associations musulmanes à caractère religieux. Encore une fois, on note parmi les premières signataires du collectif de la Marche des Femmes pour la Dignité (Mafed) la présence d’Houria Bouteldja, d’Ismahane Chouder (co-présidente de Participation et Spiritualité musulmanes) et de Rokahya Diallo des Indivisibles (qui sont eux sur une ligne beaucoup plus social-démocrate). Parmi les autres signataires, citons Saïd Bouamama et son  Front uni de l’Immigration et des Quartiers populaires (FUIQP) ou l’éditeur Eric Hazan, mais aussi le Collectif des musulmans de France (qui a soutenu la Manif pour Tous et les Journées de retrait de l’école), le rappeur dieudonniste Médine, un  militant associatif (ex?-)sarkozyste, Tarek Mouadane, fondateur de l’association Bleu-Blanc-Rouge basée à Argenteuil et même le réalisateur Mathieu Kassovitz, connu pour sa défense de diverses théories du complot, du 11-Septembre à l’affaire Mohamed Merah ou encore Tariq Ramadan. Même si le texte de l’appel en lui-même, rédigé par Amal Bentoussi, représentante du collectif Urgence notre police assassine, ne pose pas de problème majeur et si cet appel a été signé par des dizaines des personnes et d’organisations diverses en général classées à gauche ou dans la gauche radicale, doit-on pour autant fermer les yeux sur ce douteux compagnonnage, sous prétexte de lutte anti-répression et antiraciste ? Nous ne développerons pas plus avant notre position à ce sujet, qui n’a pas changé depuis le meeting polémique du 6 mars dernier, même si nous pouvons comprendre que certains souhaitent se rendre à cette manifestation avec l’espoir de ne pas laisser le terrain aux sus-cités et si nous sommes d’accord avec eux pour considérer que le combat contre les violences policières et le racisme structurel est trop important pour être abandonné à quelques personnalités ou organisations douteuses. Cependant, il nous semble nécessaire de relayer en complément quelques textes qui à nos yeux permettent de mieux comprendre les enjeux du débat. Tout d’abord, citons le texte à l’origine de la polémique : “Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème” et la réponse que lui a faite Yves Coleman de la revue Ni Patrie Ni Frontières, mais aussi un texte écrit par des militants anarchistes, “Nique la “race””. Plus généralement, notons l’analyse matérialiste de la question raciale proposée par le collectif Racialisateurs go home, qui est intéressante même si elle ne prend sans doute pas assez en compte le ressenti des personnes victimes de racisme et qui se veut une réponse à cet autre texte publié dans la revue Vacarme, qui lui adopte un point de vue intersectionnel. Parmi ceux qui annoncent leur participation à cette marche, notons le texte du groupe “Juifs et Juives révolutionnaires” qui vient de se constituer ou encore l’appel de Solidaires, qui est sur une ligne anti-répression.

Documents au format PDF  :
L’appel et la liste des signataires
Contre la marche de la dignité
Nique la “race”
Tiens, ça glisse – Racialisateurs go home

Houria Bouteldja, héritière d’Édouard Drumont ?

Le 11 mars 2015, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR), a publié sur le site de ce parti un article intitulé “Racisme (s) et philosémitisme d’Etat ou comment politiser l’antiracisme en France ?”. Elle y écrit notamment que, s’agissant de ce qu’elle appelle la “gauche blanche” : “ce qu’elle refuse radicalement de faire, et c’est là son véritable angle mort, c’est non pas de combattre l’antisémitisme mais de combattre le philosémitisme d’État. Je prétends pour ma part que si l’on change radicalement de perspective, la lumière jaillit. Sartre disait, « c’est l’antisémitisme qui fait le Juif ». C’est toujours vrai, l’antisémitisme fait toujours le Juif mais sous sa forme philosémite.” Pour Houria Bouteldja, l’État aurait assigné depuis 1945 aux “Juifs” un double rôle : “devenir la bonne conscience blanche et faire de la Shoah une nouvelle « religion civile » en la dépouillant de toute historicité” et “devenir les porte-paroles de l’Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d’un autre État-Nation colonial : Israël”. Elle soutient que “dénoncer dans le même mouvement ET l’islamophobie ET l’antisémitisme”, ce serait “créer de fausses symétries”. Et d’expliquer : “Les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe. Parce qu’ils bénéficient aujourd’hui d’une « racialisation positive » d’une part, et que l’amalgane entre Juifs et sionisme est constamment alimenté d’autre part, ils détournent la colère des damnés de la terre sur eux et en même temps protègent l’infrastructure raciale de l’État-Nation. Ils protègent le corps blanc. C’est là la seconde source du ressentiment anti-Juif”. Enfin, elle conclut :  “qu’est-ce qui empêche la gauche de gauche de lutter contre le philosémitisme d’État ? Ma réponse est sans ambiguïté : elle est elle-même, à quelques exceptions près, peu ou prou philosémite.” Or, en réalité, en s’attaquant ainsi à un supposé “philosémitisme” de l’État ou de la gauche, la porte-parole des Indigènes de la République reprend une rhétorique chère à l’extrême droite et remontant à Édouard Drumont, comme le démontre Mondialisme.org, qui conclut : “le PIR mérite bien son nom : il est devenu un courant parfaitement autochtone, qui a totalement intégré le logiciel nationaliste français.”

24  juillet 2014 : Bouteldja promet le "goulag" aux "sionistes" sur Facebook.
24 juillet 2014 : Houria Bouteldja promet le “goulag” aux “sionistes” sur Facebook.