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Grèce : Syriza pris dans ses contradictions

D. R.
D. R.

Après Franz-Olivier Giesbert qualifiant Alexis Tsipras de “bouffon magnifique, héros du FNPA (contraction du Front national et du nouveau parti anticapitaliste)” (Le point du 2 juillet), c’est au tour du ministre de l’économie Emmanuel Macron d’amalgamer hier Syriza au FN lors d’une conférence au sein des locaux du journal La Provence, dans le but de décrédibiliser les soutiens au peuple Grec, notamment le Front de gauche. S’il est vrai que le FN avait il y a quelques mois exprimé sa sympathie pour Syriza, et si le parti grec lui-même a pu contribuer à brouiller les cartes notamment en s’alliant à un parti de droite populiste ou en se rapprochant ses dernières semaines du régime de Vladimir Poutine, il va sans dire que cette comparaison n’en reste pas moins hors de propos  et que venant d’un dirigeant d’une des grandes puissances européennes qui ont refusé toute concession à la Grèce, contribuant à plonger son peuple dans la misère, elle est particulièrement abjecte. Cela n’ôte rien aux critiques que l’on peut faire par ailleurs à Syriza, qui en Grèce même subit une forte opposition y compris sur sa gauche et notamment de la part des mouvements anarchistes qui lui reprochent en particulier de ne toujours pas avoir libéré les prisonniers politiques ni même amélioré leurs conditions de détention (on peut lire l’analyse de la situation actuelle par un de ces prisonniers ici, par un groupe anti-autoritaire grec ou encore d’autres groupes anarchistes ). Des prisonniers ont même mené une grève de la faim contre les prisons de haute sécurité en février et en avril derniers (voir cette borchure). Le collectif antifasciste Soyons Sauvages relève plusieurs cas de répression et de violences policières ces dernières semaines (voir ici, et ) et d’après le témoignage d’un policier grec paru quelques jours avant le référendum dans Le Parisien, policiers et militaires continuent d’être les fonctionnaires les premiers rémunérés, au cas où on aurait besoin d’eux. Là sont les vraies contradictions de Syriza, qui avant son arrivée au pouvoir dénonçait la répression policière. Si Syriza n’est pas le FN, en revanche, c’est un parti au pouvoir qui à ce titre remplit son rôle de gardien de l’ordre bourgeois. Voilà bien au moins un point commun entre le gouvernement grec et le gouvernement français auquel appartient Emmanuel Macron, même si la comparaison s’arrête là.

Pour Michel Onfray, “l’État peut garantir l’anarchie”

Michel Onfray a débattu à Nice avec Eric Zemmour le 5 juin dernier. Le débat, organisé par Le Point, était animé par Franz-Olivier Giesbert (FOG). Onfray, qui est encore souvent présenté comme un philosophe libertaire malgré ses nombreuses prises de position réactionnaires, y a tenu un discours républicain bon teint. En matière d’anarchisme, il a cité Pierre-Joseph Proudhon comme une référence (alors que ce dernier est loin, de tous les penseurs anarchistes, d’avoir eu la plus émancipatrice des pensées), dans un développement confondant les notions de libéralisme et d’anarchisme, une confusion qui est un grand classique chez les détracteurs du mouvement libertaire.  Pour FOG, “il y a un tel anarchisme chez Proudhon qu’on n’est pas très loin du libéralisme.” Ce à quoi Onfray à répondu être d’accord avec Zemmour sur le fait que le libéralisme était une catastrophe pour la France (“la France qui est dominée par une sorte de communisme mou puisqu’il y a 57% de dépenses publiques”, a jugé bon de rajouter FOG). Ainsi pour Onfray, le libéralisme est “le système dans lequel l’argent fait la loi […] Comme il fonctionne actuellement, le libéralisme est une contrainte de chaque jour, donc on a actuellement les inconvénients du libéralisme et pas les avantages. Alors mon libéralisme, effectivement il passe par la communauté, la coopération, la mutualité, la fédération, ce qui n’exclut pas l’État – ce sur quoi nous nous retrouvons tous les deux (avec Eric Zemmour, NDLR) – parce qu’il y a chez le dernier Proudhon, celui de Théorie de la propriété, cette idée que l’État peut garantir l’anarchie.” A l’entendre, on pourrait croire qu’on vit dans une sorte de dictature totalitaire dans laquelle l’État serait “en permanence présent pour nous dire ce qu’il faut faire personnellement”, jusque dans notre lit (véridique !). Lui préfère y opposer le fait que “l’État devrait garantir les libertés que nous devrions pouvoir construire sur un mode autogestionnaire”. En voilà un drôle de libertaire qui prône l’appel à l’État pour construire l’anarchie ! Parmi les autres absurdités développées ce jour-là par Onfray, une théorie du complot s’agissant du référendum sur le traité de Maastricht : “A mon avis, je ne suis pas sûr mais j’ai presqu’une hypothèse : on peut même imaginer que les Français avaient voté contre et que le cynisme de Mitterrand aurait rendu possible une erreur de calcul, comme ça s’est fait aux États-Unis avec George Bush.” Une affirmation applaudie par la salle. Et enfin, il a regretté que les leaders de gauche de l’après-Mai-68 (Marchais, Mitterand, Krivine, Badinter, Chevènement selon lui) n’aient pas dit à l’époque quelque chose comme : “il y a des valeurs à gauche qui font qu’on doit pouvoir proposer [des choses] pour le travail, pour la famille et même pour la patrie s’il faut prendre ces instances-là.” Ce qui ne l’a pas empêché de comparer à la fin du débat une prétendue “islamisation” de la France à la collaboration, avec les acquiescements de Zemmour. Fermez le ban !