Tag Archives: Fait religieux

A propos d’anarchisme et de religion

L'affiche de l'événement. (Cliquer pour agrandir)
L’affiche de l’événement. (Cliquer pour agrandir)

Une polémique a éclaté il y a quelques temps dans le microcosme libertaire s’agissant d’un débat qui s’est déroulé à la librairie La Gryffe de Lyon le 6 novembre 2015. Il faut dire que le thème était dès le départ plutôt casse-gueule, puisque la conférence s’intitulait “Anarchisme et Islam” et se proposait notamment d’aborder la question : “Qu’est-ce que l’anarchisme a à dire des différences entre sunnisme et shiisme ?” Qu’aurait-on pensé d’un débat intitulé “Anarchisme et christianisme : qu’est-ce que l’anarchisme a à dire des différences entre catholicisme et protestantisme” ? Que l’anarchisme ait quelque chose à dire sur le fait religieux en général, c’est une certitude : sa ligne se situe d’ailleurs traditionnellement dans le cadre d’une critique radicale de la religion comme système d’oppression (le slogan “ni dieu ni maître” est un des plus célèbres slogans anarchistes). Qu’il soit dès lors intéressant pour faire la critique des discours religieux d’en connaître les fondements y compris théoriques et qu’à ce titre il soit pertinent de s’intéresser aux écrits et aux pensées des uns et des autres ou à l’histoire des religions, c’est une autre certitude. Les exposés des intervenants à La Gryffe, Waheb Messaoud et Daniel Colson, allaient d’ailleurs dans ce sens. En revanche, on voit mal en quoi l’anarchisme aurait quelque chose à dire sur les débats théologiques internes aux différents mouvements religieux et dans quel but : s’agirait-il de prendre parti ? Résultat : un problème si mal formulé ne pouvait que donner lieu  à d’improbables débats, dont on peut voir les traces sur le site de Pierre Tévanian Les Mots sont importants (lmsi.net/Vous-avez-dit-race-sociale) ou sur Indymedia Nantes. Pour une critique du concept de “race sociale” évoqué par LMSI, on peut se référer à ce texte récent paru sur Ni Patrie Ni Frontières. Enfin, le son du débat peut être écouté sur le site Rebellyon.

Les nouveaux papes verts

Depuis quelques années, les religions, en perte de vitesse dans des sociétés de plus en plus laïcisées (en tout cas en Occident), ont trouvé un nouveau filon pour assurer la promotion de leurs visions du monde : l’écologie. La Cop 21 leur offre une occasion en or de se faire entendre. Exemple avec l’Église catholique, particulièrement active dans ce domaine, notamment en France.

Qu’est-ce qu’Alternatiba ?

Les 26 et 27 septembre s’est tenu à Paris une Alternatiba, qui a réunit autour de 60 000 personnes sur la place de la République. Une autre, de dimension européenne, est prévue les 5 et 6 décembre à l’occasion de la Cop 21 à Montreuil. Mais d’où vient ce mouvement ? Comment fonctionne-t-il ? Quelles sont ses orientations ?

Le “Sommet des consciences”, vaste farce écolo-religieuse

Une belle brochette de farceurs.
Une belle brochette de farceurs. (Source : La Croix. Cliquer pour agrandir)

Les 20 et 21 juillet derniers s’est tenu un “Sommet des consciences pour le climat” qui a réuni a Paris des représentants des grandes religions, en vue de préparer la Cop21. Le journal La Croix, qui était partenaire de l’événement, indique que celui-ci était “une initiative conjointe de Nicolas Hulot, envoyé spécial auprès du président de la République française, de l’association Alliance of Religions and Conservation (ARC), de Bayard (éditeur de La Croix), du R20 (réseau associant collectivités locales et entreprises, fondé par Arnold Schwarzenegger) et du Conseil économique, social et environnemental (CESE)”. Une quarantaine de personnalités religieuses de toutes obédiences et d’hommes politiques s’y sont retrouvés, dont le président François Hollande, l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le Prince Albert de Monaco, Nicolas Hulot, Ségolène Royal, mais aussi le patriarche œcuménique Bartholomeos 1er (Eglise orthodoxe de Constantinople), le cardinal Turkson (catholique), Maître Zhang Gaocheng (taoïste), des représentants juifs, bouddhistes, hindous ou musulmans ou encore de peuples amazoniens, ainsi que l’indispensable Vandana Shiva (liste complète ici : whydoicare.org/fr/le-sommet-des-consciences). Même les Colibris de Pierre Rabhi étaient là :

12346456_1510922299207842_1677820086558621097_nEn revanche, Arnold Schwarzenegger a préféré se décommander à la dernière minute afin d’assurer la promotion du dernier Terminator. Le tout a débouché sur un “appel des consciences” qui en appelle à la réflexion intime des dirigeants politiques pour sauver le climat : “Alors que vous vous préparez à venir à Paris, nous souhaitons vous demander de réfléchir à votre  rôle personnel, de vous interroger sur ce qui vous a conduit aux fonctions que vous occupez aujourd’hui, et, pour cela, de vous poser, en votre for intérieur, cette simple question : Why do I care ? Votre réponse sera sans doute très intime.” L’appel vise à “inciter au questionnement individuel chacun d’entre nous, quel que soit son rôle, son investissement, sa mission au regard des négociations à venir” et cite le Pape François comme une référence. En bref, encore un énième raout aussi coûteux que ridicule et inutile, n’ayant d’autre but que de nourrir la bonne conscience de ceux qui, par leurs décisions et prises de position, contribuent à transformer l’écologie en vaste farce sans débouchés.

Fait religieux : où va le NPA ?

Pascal Morsu, militant du NPA, a publié à l’occasion de la polémique récente sur le meeting du 6 mars un texte très intéressant intitulé “Lutter contre TOUS les racismes” qui revient entre autres sur les vifs débats qui agitent en ce moment son parti autour de ces questions. Lui prend clairement position contre des alliances avec des groupes réactionnaires et contre toute banalisation du fait religieux au sein des mouvements marxistes et du NPA en particulier. Une position malheureusement loin de faire l’unanimité, si on en croit le fait qu’une réunion publique se tiendra le 18 mars à la librairie parisienne du parti, La Brèche, autour du thème “Les filles voilées parlent” en présence de Pierre Tevanian, Ndella Paye du collectif Mamans toutes égales et surtout Ismahane Chouder de PSM, au grand dam de nombre de militants. Tévanian et Chouder ont coordonné la rédaction d’un livre éponyme paru en 2008 aux éditions La Fabrique.

“Assez de Participation et Spiritualité musulmanes dans nos luttes !”

Hassan Aglagal, militant marocain membre du NPA, est scandalisé de voir Participation et Spiritualité musulmane, un mouvement religieux réactionnaire d’origine marocaine, participer régulièrement à des initiatives antiracistes aux côtés de formations de gauche. Suite à notre prise de position contre le fait de tenir meeting commun avec l’UOIF, il nous a sollicités pour rendre publique son indignation face à cet état de fait.

Reporterre vante l’« écologie chrétienne » des instances catholiques

Le site écologiste Reporterre, dont nous avons déjà pointé certaines dérives, continue d’assurer le service après-vente de l’Eglise catholique. Dans un article publié le 28 février et intitulé “Des chrétiens s’engagent dans le combat contre le réchauffement climatique”, Reporterre vante des initiatives visant à “sauver la Création” et initiées par les instances de l’Eglise catholique de France. Loin donc de se cantonner à relayer des initiatives émanant d’organisations ou d’individus engagés dans le christianisme social ou la théologie de la libération, le site animé par Hervé Kempf continue d’affirmer sa sympathie pour le clergé catholique et pour les militants catholiques les plus réactionnaires. En effet, l’article, qui apparaît être fortement inspiré d’un communiqué envoyé par courriel à la rédaction, se conclut par la mise en avant d’un “Appel de carême 2015 pour la conversion écologique” signé par des chrétiens de tous bords politiques, dont deux des co-fondateurs des Poissons roses (un courant catholique proche du Parti socialiste) mais aussi Guillaume de Prémare, ancien président de la Manif pour Tous.

Gauche radicale, marxisme et question religieuse : une revue de presse

Sur le problème du rapport de la gauche radicale à la question religieuse et à l’islam en particulier, plusieurs contributions ont attiré récemment notre attention, notamment un article très fouillé datant de 2005 et republié en janvier de la revue Ni Patrie Ni Frontières et un texte à tonalité pamphlétaire publié par le militant marxiste proche de Lutte ouvrière Yann Kindo. Même si nous pouvons avoir quelques divergences avec les auteurs, notamment en termes de vocabulaire, ces deux textes invitent à réfléchir à cette problématique trop souvent éludée dans les milieux libertaires et de gauche radicale. De plus, tant Ni Patrie Ni Frontières que Yann Kindo proposent d’autres textes de fond s’agissant du concept d’islamophobie (voir ici et ), du rapport de la gauche radicale à l’islam politique notamment au Royaume-Uni (voir par exemple ici) mais aussi dans certains pays de culture islamique dont l’Iran et la Palestine (voir ) ainsi que s’agissant des idées développées par Marx et certains de ses successeurs sur la question religieuse (voir ici et ) qui permettent, pour ceux qui le les connaîtraient pas, de mieux situer leurs analyses récentes dans le contexte plus large d’une pensée marxiste qui refuse de se renier, préférant parler de lutte des classes plutôt que de questions identitaires. Et toujours à lire sur ce sujet, l’excellent texte de Germinal Pinalie sur les identitaires de gauche.

“Pourquoi je n’irai pas au rassemblement contre l’islamophobie aux côtés de l’UOIF”

Pour contrer l’islamophobie, la gauche radicale appelle à un meeting le 6 mars. Parmi les guests, l’UOIF qui entretient des liens avec des nationalistes de tous poils. « L’antiracisme oui, mais pas avec n’importe qui ! », attaque Ornella Guyet dans une tribune parue sur Streetpress.