Tag Archives: Eric Hazan

A propos de la “Marche de la dignité”

Ce samedi doit avoir lieu à Paris une “Marche de la dignité et contre le racisme” avec le soutien d’Angela Davis, qui soulève des débats passionnés dans le monde militant. En cause : la présence parmi ses signataires de représentants du Parti des Indigènes de la République et de gens proches de cette mouvance, ainsi que d’associations musulmanes à caractère religieux. Encore une fois, on note parmi les premières signataires du collectif de la Marche des Femmes pour la Dignité (Mafed) la présence d’Houria Bouteldja, d’Ismahane Chouder (co-présidente de Participation et Spiritualité musulmanes) et de Rokahya Diallo des Indivisibles (qui sont eux sur une ligne beaucoup plus social-démocrate). Parmi les autres signataires, citons Saïd Bouamama et son  Front uni de l’Immigration et des Quartiers populaires (FUIQP) ou l’éditeur Eric Hazan, mais aussi le Collectif des musulmans de France (qui a soutenu la Manif pour Tous et les Journées de retrait de l’école), le rappeur dieudonniste Médine, un  militant associatif (ex?-)sarkozyste, Tarek Mouadane, fondateur de l’association Bleu-Blanc-Rouge basée à Argenteuil et même le réalisateur Mathieu Kassovitz, connu pour sa défense de diverses théories du complot, du 11-Septembre à l’affaire Mohamed Merah ou encore Tariq Ramadan. Même si le texte de l’appel en lui-même, rédigé par Amal Bentoussi, représentante du collectif Urgence notre police assassine, ne pose pas de problème majeur et si cet appel a été signé par des dizaines des personnes et d’organisations diverses en général classées à gauche ou dans la gauche radicale, doit-on pour autant fermer les yeux sur ce douteux compagnonnage, sous prétexte de lutte anti-répression et antiraciste ? Nous ne développerons pas plus avant notre position à ce sujet, qui n’a pas changé depuis le meeting polémique du 6 mars dernier, même si nous pouvons comprendre que certains souhaitent se rendre à cette manifestation avec l’espoir de ne pas laisser le terrain aux sus-cités et si nous sommes d’accord avec eux pour considérer que le combat contre les violences policières et le racisme structurel est trop important pour être abandonné à quelques personnalités ou organisations douteuses. Cependant, il nous semble nécessaire de relayer en complément quelques textes qui à nos yeux permettent de mieux comprendre les enjeux du débat. Tout d’abord, citons le texte à l’origine de la polémique : “Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème” et la réponse que lui a faite Yves Coleman de la revue Ni Patrie Ni Frontières, mais aussi un texte écrit par des militants anarchistes, “Nique la “race””. Plus généralement, notons l’analyse matérialiste de la question raciale proposée par le collectif Racialisateurs go home, qui est intéressante même si elle ne prend sans doute pas assez en compte le ressenti des personnes victimes de racisme et qui se veut une réponse à cet autre texte publié dans la revue Vacarme, qui lui adopte un point de vue intersectionnel. Parmi ceux qui annoncent leur participation à cette marche, notons le texte du groupe “Juifs et Juives révolutionnaires” qui vient de se constituer ou encore l’appel de Solidaires, qui est sur une ligne anti-répression.

Documents au format PDF  :
L’appel et la liste des signataires
Contre la marche de la dignité
Nique la “race”
Tiens, ça glisse – Racialisateurs go home

Eric Hazan : « La police avec nous ! »

Le 14 juillet dernier, Judith Bernard a publié sur son site Hors-Série un débat entre Frédéric Lordon et Eric Hazan enregistré le 27 novembre 2014 au Lieu-Dit à Paris. Hazan l’a conclu ainsi, pour le plus grand bonheur de Lordon qui n’a pas eu à le dire :

“Un de mes points de divergences avec les camarades du Comité invisible – j’essaye de leur montrer le lumière mais ils ne veulent pas la voir : c’est une erreur totale de prendre les forces de l’ordre – la police – comme un tout homogène et de la figer en lui montrant qu’on lui voue une haine indiscriminée. Quel rapport y-a-t-il entre les Bac – les brigades anti-criminalité qui sont des cowboys racistes immondes et les types de trois (sic), les petites patrouilles sur le boulevard de Belleville où il y a souvent un Arabe et une femme qui vont… Heu… Allez, chasser, empêcher de travailler les vendeurs de maïs grillé. Ce n’est pas les mêmes ! Il faut jouer la contradiction à l’intérieur des forces de l’ordre. la défection des forces de l’ordre a toujours été le moment critique des insurrections, celle où elles sont passées du côté victorieux. Et quand il n’y a pas de défection des forces de l’ordre, l’insurrection est massacrée, comme ça a été le cas en juin 1948 où la garde mobile a massacré l’insurrection, comme ça a été le cas pour l’insurrection spartakiste où les Freikorps, qui étaient des mercenaires, ont massacré l’insurrection. Il faut dire : “la police avec nous !””

Ainsi selon Eric Hazan, il n’est pas pertinent de juger l’action de la police à l’aune de sa fonction sociale, qui est d’être le bras armé de l’Etat et du capital. Il y aurait donc d’après lui des bons flics, ce qui ne font “que” chasser (gentiment ?) les vendeurs à la sauvette (des pauvres d’origine étrangère) des quartiers populaires de Paris et qui se distingueraient par leur côté black-blanc-beur (faut-il en conclure que cela leur permettrait d’échapper à tout racisme et sexisme, eux qui chassent tout aussi bien les migrants du quartier de Belleville, parmi lesquels de nombreuses femmes prostituées chinoises ?), à opposer aux brutes racistes de la Bac. Étonnante analyse, pour quelqu’un qui édite tout  la fois le Comité invisible ou des proches des Indigènes de la République, entre autres choses.