Tag Archives: Anti-impérialisme

L’anti-impérialisme fait partie des principaux sujets susceptibles d’être la cible d’un certain confusionnisme politique, en particulier quand il repose sur une vision campiste (camp contre camp) du monde et se couple de discours étatistes, nationalistes ou souverainistes, au détriment de l’internationalisme qui devrait normalement le sous-tendre.

Politis a mis fin à sa collaboration avec le blogueur Le Yéti

Il y a trois semaines, Politis a mis fin à sa collaboration avec le blogueur Pierrick Tillet dit Le Yéti, connu pour son conspirationnisme et son soutien à divers régimes autoritaires dont celui de Poutine. Ça avait pourtant commencé en fanfare :12345522_10206374407053124_9129724009908781149_nVisiblement, sa vision de la politique internationale n’est pas étrangère à cette décision prise à l’occasion d’un changement d’équipe à la tête de l’hebdomadaire, comme l’explique la dernière brève de son blog “Le monde d’après” publiée le 18 novembre : “Suite à une conversation avec Denis Sieffert, directeur de Politis, il a été décidé de mettre un terme à notre collaboration pour divergences d’opinion entre la ligne éditoriale de Politis et celle exprimée sur mon blog, notamment sur certains sujets comme la situation au Moyen-orient.” Le Yéti avait rejoint l’équipe des blogueurs de Politis le 2 juin 2014. C’est Bernard Langlois qui l’avait parrainé, tandis que Michel Soudais avait la charge de son blog au sein de la rédaction, sans qu’on sache très bien en quoi cela consistait.

Jusqu'au bout, Langlois aura soutenu le Yéti, comme l'indique ce commentaire laissé sous son dernier billet.
Jusqu’au bout, Langlois aura soutenu le Yéti, comme l’indique ce commentaire laissé sous son dernier billet. (Cliquer pour agrandir)

Le Yéti a publié sur Bellaciao jusqu’en 2005, avant de rejoindre Rue89 en 2007, site sur lequel ses billets ont plusieurs fois été mis en avant. Il a été un des derniers soutiens d’Etienne Chouard à “gauche” lorsque ce dernier a enfin été définitivement (du moins on l’espère) démasqué il y a un an. Depuis cette éviction, le blogueur continue d’alimenter son site personnel, yetiblog.org.

Souvenirs, souvenirs...
Souvenirs, souvenirs…

Les louvoiements de Bruno Drweski entre le PCF et l’extrême droite

On retrouve le nom de Bruno Drweski dans de très nombreuses initiatives anti-impérialistes. Personnage discret, cet universitaire n’en entretient pas moins un important réseau d’influence tant à gauche (et notamment auprès de militants communistes) qu’à l’extrême droite. Non content de théoriser le confusionnisme politique, il le met en pratique.

Bruxelles : rassemblement d’anti-impérialistes borgnes le 23 mai dernier

Le 23 mai dernier, un rassemblement “Pour la Paix au Yémen” a eu lieu devant le Parlement européen à Bruxelles. Il était animé par Bahar Kimyongür (proche collaborateur de Michel Collon) et organisé par le militant bachariste Omran Alkhatib. Etaient entre autres présents Jean Bricmont, Elie Hatem (Front national et Action française) et Ali Al-Hamed (directeur du Centre pour les droits humains en Arabie Saoudite venu exprès semble-t-il de Washington).  Le tout était sans surprise couvert par Le Cercle des Volontaires, qui en a profité pour interviewer Hatem, qui est aussi l’avocat de Yahia Gouasmi du Parti antisioniste (qui se prétend désormais descendant de Mahomet), au sujet du procès intenté par son client au dessinateur Luz et à Charlie Hebdo pour la couverture “Tout est pardonné” qui a suivi les attentats de janvier.

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Le fin mot de la conférence sur le Yémen du 29 avril dernier

Le 29 avril dernier, un mystérieux Collectif français pour la Liberté des Peuples avait annoncé la tenue d’une conférence sur le Yémen avec Alain Gresh, qui avait démenti sa présence la veille. Qu’à cela ne tienne, la conférence a tout de même eu lieu, en présence de Bruno Drweski, vieux routier de l’anti-impérialisme campiste, de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France et contributeur du Réseau Voltaire ainsi que d’Ayssar Midani, militante pro-Assad des plus actives et intervenante auprès de plusieurs médias d’extrême droite (Cercle des Volontaires, Egalité et Réconciliation). Rappelons que la conférence était animée par Sayeed Imededdin Hamrouni, un proche du régime iranien. Encore une fois, il s’agissait pour tous ces gens de prendre prétexte du conflit au Yémen pour afficher leur soutien à des régimes autoritaires comme celui de l’Iran ou de la Syrie, sous couvert d’anti-impérialisme. Le Yémen est en effet devenu le nouveau champ de bataille où s’affrontent indirectement les puissances impérialistes régionales, que ce soit l’Iran (qui soutient les insurgés houthistes) ou l’Arabie saoudite (qui soutient le gouvernement), deux régimes aussi peu enviables l’un que l’autre. Et pendant ce temps-là, ce sont les populations qui trinquent

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Finlande : l’extrême droite entre au gouvernement

L’information vient de tomber : le nouveau gouvernement finlandais sera composé du Centre (Keskusta), des Vrais Finlandais (Perus Suomalaiset, extrême droite) et des conservateurs (Kokoomus). C’est la première fois que l’extrême droite entrera au gouvernement dans ce pays, une situation bien différente de l’option choisie il y a quelques mois par les partis suédois, qui ont eux préféré s’allier pour juguler l’influence de ce courant politique au sein du parlement. Le nouveau premier ministre et ancien patron, Juha Sipilä, a été élu sur un programme prévoyant la mise en place d’une politique d’austérité, puisque selon Le Monde « l’ensemble des quatre principaux partis se sont engagés à réduire les dépenses publiques, alors que le déficit a franchi la barre des 3 % pour la première fois en 2014. » Sans surprise, certains médias libéraux comme Atlantico.fr se sont félicités de l’arrivée d’un chef d’entreprise à la tête de l’État finlandais. Mais le nouveau gouvernement Sipilä est également bien vu de certains eurosceptiques et anti-impérialistes car bien que lui-même ne soit pas à la tête d’un parti eurosceptique, ses alliés les Vrais Finlandais le sont. D’autre part, le Centre et les Vrais Finlandais sont opposés à une entrée de la Finlande dans l’Otan (alors que les conservateurs, par la voix du premier ministre sortant Alexander Stubb sont plus ambigus sur ce point). Les résultats des élections finlandaises ont également entraîné une vague de réjouissances parmi les partisans du revenu de base (notamment via leur site Revenudebase.info en France et le site international Basicincome.org) car Sipilä s’est également prononcé pour un tel revenu (qui correspondrait en fait dans sa vision à un minima social) à destination des plus pauvres. Si à en croire ses partisans, la thématique est populaire dans le pays et au sein d’une bonne partie de la classe politique, on se demande toutefois bien comment un tel programme pourrait être mis en place quand l’ordre du jour est à des coupes budgétaires… Que de soi-disant défenseurs des droits sociaux et des partisans de politiques anti-impérialistes prétendument progressistes en viennent à applaudir un gouvernement de droite et d’extrême droite dirigé par un ancien patron en dit en tout cas long sur leur état de déliquescence politique.

Alain Gresh donne une conférence sur le Yémen à l’invitation d’un collectif douteux

Hamrouni et Gashgavhi à Téhéran lors des cérémonies du 36e anniversaire de la révolution islamique.
Hamrouni et Ghashgavhi à Téhéran lors des cérémonies du 36e anniversaire de la révolution islamique. (Cliquer pour agrandir)

Demain soir, Alain Gresh, journaliste au Monde diplomatique, donnera une conférence sur la situation au Yémen au Palais des Congrès de Montreuil, à l’initiative du Collectif Français Pour La Liberté des Peuples. La conférence sera animée par le principal porte-voix de ce collectif, Sayeed Imededdin Hamrouni, un Tunisien chiite proche du régime iranien qui pense que la révolution iranienne aurait dû être un modèle pour la révolution tunisienne. Il intervient régulièrement dans des médias iraniens comme l’Irib ou l’Iranian Quran News Agency (Iqna) et a par exemple participé aux cérémonies célébrant le 36e anniversaire de la révolution islamique tant en France qu’en Iran. Sur Facebook, il est entre-autres ami avec Gilles Munier et Jacob de Meknés (autre nom de Jacob Cohen), et pose en compagnie du quenellier iranien Haméd Ghashghavi. Le Collectif Français Pour La Liberté des Peuples est aussi activement soutenu par la négationniste et kadhafiste Ginette Skandrani, et relayé par le Cercle des Volontaires ainsi que par des groupes Facebook favorables à Bachar Al-Assad. En 2007, Alain Gresh avait accordé une interview au Centre Zahra, une officine chiite liée au régime iranien et dont le fondateur Yahia Gouasmi préside depuis 2009 le Parti antisioniste. Surtout, il avait fait polémique en 2009 en recensant positivement l’ouvrage de Paul-Eric Blanrue Sarkozy, Israël et les Juifs. Mise à jour, 23h51 : Alain Gresh nous indique par mail que cette conférence n’aura pas lieu. Dont acte.gresh_skandrani

Annie Lacroix-Riz invitée à un salon du livre antifasciste

Le week-end dernier avait lieu à l’Ecole normale supérieure (ENS) un Salon international du livre antifasciste et des écrits de résistance à l’extrême droite, organisé par Riposte antifasciste, une organisation membre de la Conex (Coordination nationale contre l’extrême droite). Le site du PRCF y a annoncé le 3 avril une intervention d’Annie Lacroix-Riz pour le lendemain 4 avril, tout en publiant un programme sur lequel elle ne figurait pas. Nous avions donc, dans le doute, décidé de ne pas relayer cette information. Néanmoins, nous avons pu avoir depuis une copie du programme imprimé (cliquer sur les images ci-dessous pour agrandir) et Annie Lacroix-Riz y figure bien, en lieu et place de Valérie Igounet, historienne spécialiste du négationnisme. De même, sa présence a été annoncée sur Démosphère Paris, ce qui nous avait au départ échappé. Il est tout de même incroyable qu’une telle personnalité, en dépit de sa sympathie affichée pour certaines théories du complot, de ses tentatives pour réhabiliter Staline et de sa fréquentation assidue de cercles “anti-impérialistes” dans lesquels sont actifs divers militants d’extrême droite puisse encore apparaître comme une interlocutrice crédible lorsqu’il s’agit de parler d’antifascisme. A noter que le 3 avril, Lacroix-Riz était l’invitée des Jeunes communistes du Loir-et-Cher, à l’invitation desquels elle a donné à Blois une conférence autour du thème “Aux origines du carcan européen (1900-1960)”.

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Politis sert la soupe à Christophe Oberlin

Après Bastamag et Carlos Latuff, c’est au tour de Politis d’ouvrir ses colonnes à un autre militant pro-palestinien aux orientations pourtant problématiques : Christophe Oberlin. Le chirurgien s’y exprime sur l’adhésion récente de la Palestine à la Cour pénale internationale. Néanmoins, ce choix éditorial pose question car Oberlin est par ailleurs un soutien indéfectible de l’ex-humoriste Dieudonné depuis l’époque où, en 2004, ils avaient mené ensemble la liste Europalestine en Ile-de-France. Déjà en septembre dernier, un collectif libertaire de Givors (Rhône) s’était ému de l’invitation du chirurgien à un débat sur la Palestine, soulignant que malgré “l’importance du travail médical et humanitaire mené à Gaza, un travail auquel M. Oberlin a pris part activement, il nous semble que de par ses prises de positions politiques la présence de ce dernier pose question”. Ce collectif rappelait dans sa lettre aux organisateurs certaines déclarations de Christophe Oberlin qui ne laissent aucun doute quant à ses idées : “Quand on dit qu’on n’aime pas les juifs, il est évident que cela désigne ceux qui soutiennent un état raciste dans ses lois et ses actes. Ce qui veut dire qu’on n’aime pas les juifs racistes, rien d’autre. C’est le message de Dieudonné. Et voilà qu’on voudrait faire tomber cela sous le coup de la loi. C’est déloyal et stupide.” Ou encore : “Ceux qui condamnent Dieudonné n’ont pas assisté à ses spectacles, et n’ont pas réalisé qui est son public : un public de jeunes, extraordinairement diversifié, qui représente une France fraternelle, fondamentalement antiraciste, la France de demain.” Et enfin : “Quand quelqu’un se fait photographier devant Auschwitz en faisant une quenelle, ça ne porte pas atteinte à ma dignité ni à celle de ceux qui sont morts en déportation. Par contre c’est un geste fort à l’encontre de tous ceux qui tentent de masquer les crimes d’Israël derrière les crimes nazis. C’est à eux que ce discours s’adresse.” Des propos tenus sur le site Arretsurinfo.ch animé par Silvia Cattori, journaliste suisse proche des milieux négationnistes et propagandiste complotiste. Qu’un hebdomadaire comme Politis, engagé à gauche, continue d’accorder du crédit à un tel personnage est donc tout à fait affligeant.

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