Tag Archives: Aléxis Tsípras

Leader de Syriza, parti de gauche grec proche du Front de Gauche et premier ministre grec depuis la large victoire de sa formation aux élections législatives du 25 janvier 2015.

Jean-Marie Harribey critique autant Sapir que Lordon

Jean-Marie Harribey (Attac, Alternatives économiques, Economistes atterrés, Politis, Fondation Copernic) a jugé le 30 août dernier “tardives et donc assez peu crédibles” les “indignations justifiées” qui ont suivi les déclarations de Jacques Sapir relatives à une alliance anti-euro pouvant s’ouvrir jusqu’au FN. En particulier, il propose dans son article publié sur le blog d’Alternatives économiques une critique de l’article de Frédéric Lordon, “Clarté”, que nous évoquions précédemment. Harribey y revient sur les origines de ces polémiques animant le champ des économistes dits “hétérodoxes” et s’interroge sur leur responsabilité (Harribey s’inclut dans la critique) dans la confusion actuelle. A propos de Sapir, il note qu’ “On tombe toujours du côté où l’on penche” et relève chez lui une absence “d’analyse de classes” et une “ignorance totale du modèle productif à initier en pensant que le productivisme est reconductible”. A Lordon qui reproche à ceux qu’il appelle les “altereuropéistes” (qualificatif par lequel Harribey se sent visé) d’avoir “ignoré ou oublié la dualité signifiante de la « nation souveraine », l’économiste membre du conseil scientifique d’Attac répond : “Où est la dualité quand Frédéric Lordon théorise l’identité entre nation et souveraineté ? À moins qu’il s’agisse d’une ruse de la dialectique ? Si oui, l’unité des contraires ne suppose-t-elle pas la contradiction entre eux ?” L’article d’Harribey sent aussi la gueule de bois de ceux qui avaient fondé leurs espoirs dans Syriza pour faire bouger les lignes au niveau européen, une illusion largement partagée par l’ensemble de ces économistes issus de l’altermondialisme : “le gouvernement d’Alexis Tsipras s’est bercé d’illusions pendant six mois et n’a préparé aucune voie alternative pour inverser le rapport de force”, écrit-il aujourd’hui : “difficile d’y voir clair après la défaite de la Grèce qui est aussi la nôtre”.

International : quelques faits marquants de ce mois d’août

Sur la scène internationale, ce mois d’août a été marqué par la reprise du programme de nucléaire civil au Japon, en dépit de l’opposition de la population et peu de temps après les célébrations des soixante-dix ans des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki (voir aussi ici et ), alors que les effets de Fukushima ne cessent de se faire sentir (voir aussi ici). En Grèce, le gouvernement de Syriza n’a pas tenu le choc de l’après-référendum et de ses reculades, et face à la fronde des députés de l’aile gauche de  Syriza qui ont lancé une nouvelle formation politique, Unité populaire, Alexis Tsipras a dû démissionner, déclenchant très probablement des élections anticipées dans les semaines à venir. En Hongrie enfin, le gouvernement de Viktor Orban a profité de l’été pour faire bâtir par l’armée un mur anti-migrants de 175 km le long de sa frontière avec la Serbie. Pendant ce temps, Daesh et Boko Haram continuent leurs exactions, du commerce d’esclaves sexuelles (voir aussi, pour rappel, ici, et ) à la destruction de biens culturels en passant par la persécution des homosexuels et des massacres en tous genres (voir aussi ici), tandis que la Turquie, en pleine crise politique et face à la menace de l’Etat islamique, a choisi de relancer sa guerre contre les Kurdes du PKK, alors que ceux-ci sont au premier rangs de ceux qui combattent l’organisation djihadiste.

Les derniers soutiens d’Alexis Tsipras

Photomontage circulant sur les réseaux sociaux : "Pour la première fois, la gauche frappe et gaze."
Photomontage circulant sur les réseaux sociaux : “Pour la première fois, la gauche frappe et gaze.”

Alors qu’Alexis Tsipras a fait voter son mémorandum avec le soutien de l’opposition de droite, alors qu’il a du coup perdu le soutien d’une bonne partie de son propre parti (voir aussi ici) et alors que manifestations et émeutes se multiplient en Grèce contre ces nouvelles mesures d’austérité et font l’objet d’une forte répression, le premier ministre grec peut toujours compter sur ses soutiens à l’étranger, que ce soit en France Pierre Laurent ou Jean-Luc Mélenchon ou en Espagne le leader de Podemos, Pablo Iglesias. “C’est triste, mais c’est la seule chose qu’il pouvait faire”, a déclaré ce dernier, précisant : “La politique est abjecte. […] Ce qui s’est passé en Grèce, c’est la vérité du pouvoir.” Et d’affirmer : “mais c’était une situation limite : soit l’accord, soit une sortie de l’euro […] d’une certaine manière le gouvernement [grec] a gagné en stabilité” Quant à Jean-Luc Mélenchon, interrogé par la télévision associative Télé Bocal sur le non respect de ses promesses par Tsipras, il a eu cette réponse très énervée : “Et toi par exemple, est-ce que tu n’es pas un menteur dans ta vie privée ? Tu n’as jamais menti à personne ? Tu n’a jamais menti à aucune femme ? […] Ce n’est pas un politique “qui a décidé que” comme tous les autres, c’est un homme qui est tout seul face à dix-huit personnes.” Enfin, Pierre Laurent, le porte-parole du PCF, trouve lui que “si un accord est signé, c’est grâce au courage du Premier Ministre grec. Pour la première fois, un chef de gouvernement a osé affronter les puissances dominantes qui pensent que tout leur est permis en Europe. Le soutien de son peuple n’a cessé de grandir depuis janvier pour cette raison.” De son côté, le ministre de l’économie démissionnaire Yanis Varoufákis a été invité par Arnaud Montebourg et ses amis à leur Fête de la Rose.

Après les reculades de Syriza, manifestations en Grèce

“Tout ça pour ça !”, aurait-on envie de dire… Comme on pouvait s’y attendre, le référendum organisé en Grèce par le gouvernement n’a servi a rien puisque finalement, Alexis Tsipras vient de proposer aux créanciers du pays, avec l’appui du parlement grec, un plan d’économies impliquant entres autres une hausse de la TVA y compris sur la nourriture et un recul de l’âge de départ à la retraite de 62 à 67 ans, y compris pour ceux ayant déjà travaillé quarante ans. Des mesures qui diffèrent peu de celles refusées lors du référendum et qui n’ont pas l’heur de plaire aux Grecs, qui sont plusieurs milliers a avoir manifesté leur mécontentement vendredi dans les rues d’Athènes. Le quotidien belge Le soir est l’un des seuls médias a voir rendu compte de ces mobilisations, en se basant sur des sources de l’AFP et de Twitter.

Les Grecs indépendants, un formation d’extrême droite complotiste

Le politiste grec Andreas Pantazopoulos apporte, dans un article paru sur le site Conspiracy Watch, des précisions sur la nature des Grecs indépendants, petit parti de droite souverainiste allié à Syriza. Selon lui, il s’agit d’une formation “souverainiste, xénophobe et nationale-populiste” exprimant “un radicalisme antisystème situé à l’« extrême droite » et appartenant au champ des forces « anti-Mémorandum », expression d’un nouveau clivage qui s’est formé ces dernières années.” En effet, constate-t-il, “La crise politique a bouleversé les distinctions, héritées du passé, entre forces progressistes et forces conservatrices (le fameux clivage grec « droite/anti-droite »). Le nouveau clivage horizontal a opposé les « pro » et les « anti »-Mémorandum, brouillant ainsi les repères habituels et créant des coalitions inédites”, comme celle entre Syriza et les Grecs indépendants. Selon lui, “la vision complotiste des « Grecs Indépendants » est en outre omniprésente dans leur discours politique, fondé sur un nationalisme effréné.” Aléxis Tsípras, le premier ministre grec et leader de Syriza, a nommé Panos Kammenos, le chef des Grecs indépendants, ministre de la Défense, un poste traditionnellement plébiscité par la droite et l’extrême droite, en dépit des divergences de vue entre les deux formations s’agissant de la politique militaire.