Category Archives: Les réactionnaires

Où il est question des réactionnaires de tous poils, et notamment de ceux appartenant aux sphères intellectuelles.

La défense de la liberté de la presse sacrifiée sur l’autel de la lutte contre le terrorisme ?

Comme on s’y attendait, le cortège de tête de la marche républicaine qui s’est déroulée cet après-midi à Paris a accueilli de bien étranges invités, si l’on considère que l’un de ses objectifs semblait être de défendre la liberté de la presse. Dès lors, on se demande bien ce qu’y faisaient le premier ministre turc Ahmet Davutoglu, dont le pays jetait le 12 juin dernier le caricaturiste Mehmet Düzenli en prison ; le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, dont le pays s’est distingué ces dernières années par l’emprisonnement d’opposants politiques (Pussy Riots et militants antifascistes comme Alexander Kolchenko notamment), plusieurs chefs d’État africains dont le président de la République gabonaise Ali Bongo, le ministre des Affaires étrangères égyptien Sameh Choukryou ainsi que le premier ministre tunisien Mehdi Jomaa ; le couple royal jordanien Abdallah II et Rania ; Viktor Orban, le chef d’État de droite radicale qui dirige la Hongrie, dont les médias publics sont dirigés par deux journalistes d’extrême droite ; le premier ministre de droite nationaliste israélien Benyamin Netanyahou mais aussi Mahnoud Abbas, président de l’État de Palestine ou encore le président ukrainien Petro Porochenko. Selon Le Figaro, le Maroc, le Qatar et l’Arabie saoudite s’en tiennent de leur côté à un soutien discret. Autant de pays qui, comme le souligne Le Monde, sont très mal classés en matière de liberté de la presse par Reporters sans Frontières, qui s’est « indigné de la présence de représentants de pays répressifs de la liberté d’information ». Sur 180 pays, l’Égypte est 159e, la Turquie 154e, la Russie 148e, la Jordanie 141e, la Palestine 138e, la Tunisie 133e, l’Ukraine 127e, le Gabon 98e, Israël 96e et la Hongrie 64e. Rien d’étonnant cependant pour une manifestation largement orchestrée par les autorités françaises elles-mêmes, et dont l’objectif affiché dès le départ relevait d’une sorte d’union sacrée contre le terrorisme (mot d’ordre semblant justifier ces invitations aux yeux de François Hollande) surmontant les clivages partisans et incluant jusqu’à Nicolas Sarkozy et Nicolas Dupont-Aignan. Même le FN a défilé dans certaines villes, à l’image de Marine Le Pen à Beaucaire.