Category Archives: Histoire et mémoire

Les domaines de l’histoire et de la mémoire – qui sont deux choses différentes mais sujets d’enjeux politiques proches – ne sont pas exempts de potentielles dérives confusionnistes, une des plus graves étant le négationnisme, qui aime à se faire appeler “révisionnisme” pour justement entretenir la confusion avec la recherche historique sérieuse. Cette rubrique est aussi celle qui aborde l’histoire du confusionnisme politique et qui a pour ambition d’apporter des éclairages sur les mésinterprétations, mésusages et instrumentalisations à caractère politique de l’histoire.

Il y a 100 ans dans l’Artois : “deux armées ennemies face à face sans tirer un coup de fusil”

Pour Noël, nous vous offrons quelques extraits des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918. En ces temps de prolifération des discours nationalistes et bellicistes, il est bon de se souvenir que la guerre n’est pas un jeu mais qu’au milieu de ses horreurs peuvent parfois jaillir des étincelles de fraternité.

Lire, écouter, voir : des ressources sur la Première guerre mondiale

A l’occasion du 101e anniversaire du déclenchement de la Première guerre mondiale, une sélection d’ouvrages et de films offrant un regard à la fois historique et critique sur ce conflit et sa mémoire, accompagnée d’émissions de radio.

Propagande, haine et meurtre : l’histoire du terrorisme d’extrême droite en Europe

Alors que l’existence d’un terrorisme islamiste sert de prétexte à la libération de la parole et des actes racistes et que certains de nos dirigeants irresponsables agitent le chiffon rouge d’une “guerre de civilisation”, nous vous proposons pour mémoire une plongée dans l’histoire du terrorisme d’extrême droite, qui a fait plus de deux cents morts dans toute l’Europe depuis quarante ans. Ce documentaire, diffusé sur Arte en 2012, souligne la complicité dont certains groupes ont pu jouir par le passé de la part de larges pans des appareils étatiques, par exemple dans l’Italie des années de plomb. Mais il montre aussi l’actualité encore prégnante du phénomène, puisque, au-delà du cas spectaculaire d’Anders Behring Breivik, dans les années 2000, une cellule de trois activistes a perpétré en Allemagne des meurtres sur des personnes d’origine immigrée à l’ombre du terrorisme islamiste, qui détournait alors l’attention de la police et à permis à ces néo-nazis d’agir en toute impunité. Encore aujourd’hui, on peut se demander si les militants néo-fascistes partis combattre en Ukraine feront à leur retour l’objet des mêmes mesures de surveillance que les islamistes désireux de rejoindre Daesh.

Quatrièmes rencontres des archives Getaway ce week-end à Montreuil (93)

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Les Archives Getaway, qui ont pour vocation de réunir un fond d’archives sur les luttes sociales et les groupes révolutionnaires, organise ce week-end ses 4e rencontres autour du thème “Se défendre”. Elles se tiennent au 5, rue de la Révolution, à “Comme Vous Émoi” à Montreuil (93), métro Robespierre ou Croix de Chavaux. Tout le programme est disponible ici.

A lire : Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l’histoire au mythe identitaire

L’ouvrage de William Blanc et Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l’histoire au mythe identitaire (Libertalia 2015) est un livre important. Motivé par la récupération de la figure du maire du palais par l’extrême droite identitaire, il fait le point sur l’état des connaissances historiques autour de cet événement qui a vu s’opposer en 732 les armées franques et arabo-berbères dans la vallée de la Vienne, sur la pérennité de sa mémoire depuis le Moyen Âge et sur les mésusages dont il fait aujourd’hui l’objet.

L’autre 8 mai 1945

Sétif, 8 mai 1945.
Sétif, le 8 mai 1945.

Le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde guerre mondiale et du nazisme, dont on célébre aujourd’hui le 70e anniversaire. Mais cette date marque aussi le début de la guerre d’Algérie. Le quotidien L’Humanité et le site militant Rebellyon consacrent tous deux un dossier aux massacres de Sétif et de Guelma, au cours desquels la police, des milices de colons et l’armée française ont tiré sur des foules fêtant la victoire alliée, le retour des premiers tirailleurs algériens dans leurs foyers mais revendiquant surtout l’indépendance de la colonie française. Mediapart propose également de visionner un documentaire sur le sujet (l’accès en est toutefois payant). De son côté, l’Union pour le Communisme développe un point de vue marxiste révolutionnaire. Pour lutter contre l’oubli, des rassemblements sont organisés devant les mairies un peu partout en France. A Paris, c’est à 15 heures sur le Parvis de l’Hôtel de Ville.

Béziers : la rue du 19-Mars-1962 débaptisée

Hier, Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers (Hérault), a donc renommé la rue du 19-Mars-1962 en rue Hélie Denoix de Saint-Marc. Une opération qui s’est déroulée sous les applaudissements de 2 500 partisans dont beaucoup de vétérans des bérets verts (légion étrangère) criant “Algérie française !” face à 500 opposants atterrés qui l’ont hué aux cris de “Ménard facho, Ménard assassin !”  La cérémonie s’est conclue avec “Le chant des Africains”, chant militaire colonial populaire parmi les partisans de l’Algérie française. Parmi les forces de l’ordre encadrant la cérémonie se trouvait les policiers municipaux nouvellement armés qui font la fierté de Robert Ménard. Ah ! Qu’il est loin le temps où, il y a un peu plus d’un siècle, en 1907, le 17e régiment d’infanterie de ligne stationné dans la ville (puis à Agde) se mutinait en refusant de réprimer le mouvement de grève massif qui s’était répandu dans les vignobles de la région (qu’on qualifiait à l’époque de “Midi rouge”) et fraternisait avec la population biterroise, contribuant à écrire un épisode mémorable de l’histoire des luttes sociales et de l’antimilitarisme.

“Gloire au 17e”, chanson de Montéhus (1907). Bien que marquée par un ton patriotique et républicain courant à l’époque, cette chanson rend hommage aux mutins du 17e régiment d’infanterie de ligne.

Le Journal de Béziers : comment le Front national réécrit l’histoire

2015-03-10_extrait_journal_béziersNous publions ci-contre (cliquer pour agrandir) un extrait du Journal de Béziers du 1er mars 2015 annonçant l’opération de débaptisation de la rue du 19-Mars-1962 (voir aussi ici), exemple parmi tant d’autres de la façon dont les maires Front national réécrivent l’histoire. Dans le même numéro se trouve, à l’occasion de la présentation d’une exposition conçue par la Cité des Sciences et de l’Industrie et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) intitulée “Gaulois, une expo renversante – de la fouille au labo, l’exemple gaulois”, un dossier consacré à “Nos ancêtres les gaulois”, véritable chef d’œuvre de propagande lui aussi, dans lequel on vante la “nostalgie” du “roman national” contre la façon dont “nos élites réécrivent le passé” et dans lequel on peut lire entre autres, à propos de Vercingétorix :

“Sous le régime de Vichy, la propagande du Maréchal Pétain fait elle aussi appel au grand blond musculeux. Mais cette fois-ci, c’est pour promouvoir les « chantiers de la jeunesse » qu’on appelle le Gaulois à la rescousse ! Le chef de l’État français se sert également de l’image de Vercingétorix, comme lui guerrier glorieux mais vaincu, dont le peuple accepte de se soumettre au conquérant… Dans un discours du 30 août 1942, ne dit-on pas que Vercingétorix… « a fait don de sa personne à la Gaule » ?”

Nous ignorons quel est l’état des relations entre les organisateurs a priori on ne peut plus sérieux de cette exposition, le Musée du Biterrois qui est géré par la mairie où elle a lieu et les élus d’extrême droite à la tête de la municipalité.

Ce samedi à Béziers, manifestation contre les nostalgiques de l’OAS et du colonialisme

Samedi 14 mars, une manifestation nationale aura lieu à Béziers (Hérault) pour protester contre la volonté du maire d’extrême droite Robert Ménard de rebaptiser la rue du 19-mars-1962, date célébrant la fin de la guerre d’Algérie, en rue Hélie Denoix de Saint Marc, du nom d’un commandant putschiste qui sera ainsi célébré comme un “héros français” en vue d’« effacer la honte du 19 mars 1962″. D’ici là, il est toujours possible de signer la pétition initiée par le Mouvement de la Paix, qui a mené ce matin une action de protestation dans la rue en question (voir aussi ici).

Une plaque symbolique au nom de la rue du 19-Mars-1962 a été installée à Béziers, ce lundi.
Une plaque symbolique au nom de la rue du 19-Mars-1962 a été installée à Béziers, ce lundi. (Photo Pierre Saliba, Midi libre)

Deux articles des Enragés sur la Commune de Paris

Du 18 mars au 28 mai 1871, le peuple de Paris s’est soulevé contre le despotisme bourgeois symbolisé par le gouvernement installé à Versailles, dans le contexte de crise engendré par la guerre franco-prussienne de 1870 et la chute du Second Empire qui a entraîné le siège de la capitale par les troupes allemandes. Mais si certains groupes d’extrême droite comme les Identitaires voudraient aujourd’hui faire de cette insurrection réprimée dans le sang un modèle de patriotisme utilisable pour servir leur propagande nationaliste et xénophobe, la Commune a été avant tout une révolution sociale, dirigée notamment par des femmes et des étrangers. Alors que nous allons bientôt pouvoir célébrer son 144e anniversaire, le blog des Enragés propose de revenir sur cet événement fondateur du mouvement ouvrier au travers de deux articles, le premier consacré à la figure d’Eugène Varlin et le second à la chute de la colonne Vendôme, symbole du pouvoir impérial abattu par les communards le 16 mai 1871.

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