Qu’est-ce qu’Alternatiba ?

Les 26 et 27 septembre s’est tenue à Paris une Alternatiba, qui a réunit autour de 60 000 personnes sur la place de la République. Une autre, de dimension européenne, est prévue les 5 et 6 décembre à l’occasion de la Cop 21 à Montreuil. Mais d’où vient ce mouvement ? Comment fonctionne-t-il ? Quelles sont ses orientations ? (cliquer sur les images pour les agrandir)

Nota : cet article est une version écrite et complémentaire de l’analyse que nous avons développée dans l’émission “L’Actualité des Luttes” sur FPP le 30 septembre dernier :

Alternatiba est née à l’initiative du mouvement basque Bizi! et se situe dans le prolongement des mouvements altermondialistes et indignés. En 2013, Bayonne a accueilli le premier « Alternatiba, village des alternatives », avec le parrainage de l’ancien Résistant et auteur du livre Indignez-vous ! Stéphane Hessel, le soutien de syndicats (FSU, Solidaires), des Amis de la Terre, d’Attac, de Biocoop ou encore de Greenpeace ou de la Fondation Nicolas Hulot. Dès le départ, Alternatiba affichait donc une ligne oscillant entre radicalité bon teint et recherche de légitimité institutionnelle.

Remerciements d'Alternatiba à la Fondation Nicolas Hulot.
Remerciements d’Alternatiba à la Fondation Nicolas Hulot. Rappelons que Nicolas Hulot est conseiller spécial de François Hollande pour la protection de la planète.

D’où vient l’argent ?

De fait, ce qui frappe alors que toute une partie du mouvement social est réprimé, c’est le soutien dont jouit Alternatiba de la part de diverses institutions publiques et privées, soutien notamment financier qui pose la question de son indépendance vis-à-vis de ces mêmes institutions. L’événement parisien des 26 et 27 septembre, présenté comme un festival, a ainsi été soutenu par la mairie de Paris, la région Ile-de-France et deux départements : Seine-et-Marne et Seine-Saint-Denis.

Le stand de la Fondation Macif au Festival Alternatiba de Paris.
Le stand de la Fondation Macif au Festival Alternatiba de Paris.

Selon une responsable d’Alternatiba que nous avons contactée, le total des subventions publiques s’élèverait à 90 000 euros, soit 1/3 de son budjet annuel, auxquels il faut ajouter des fonds venus de la Fondation de France et de la Fondation Macif, mais aussi des prêts de matériel (chaises, grilles d’exposition, barnums, etc.) de la part de certaines mairies. Alternatiba a aussi récolté 26 413 euros de dons sur Internet via le site Ulule pour l’organisation de ce week-end, ainsi que des fonds issus des ventes aux buvettes et en restauration ou de la vente de produits dérivés (t-shirts), qui sont également vendus sur La Boutique militante, une structure émanant du désobéissant Xavier Renou. De plus, les internautes équipés de smartphones pouvaient contribuer en téléchargeant l’application de covoiturage « micro-stop », un euro étant reversé à Alternatiba par téléchargement.

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Parmi les sponsors de l’événement apparaissaient également Enercoop (fournisseur d’électricité issu d’énergies renouvelables) ou ZeroWaste (chargé de la collecte et du recyclage des déchets), mais aussi le magasine TerraEco et l’Atelier International du Grand Paris, alors même que ce dernier projet est contesté pour ses impacts sociaux (gentrification) ou écologiques. Également, Alternatiba Paris affiche parmi ses sponsors tant Attac ou Greenpeace qu’Emmaüs ou la Coalition Climat 21, et même l’Atelier International du Grand Paris, structure émanant des autorités publiques qui est dédiée à la promotion de ce vaste projet de gentrification à l’échelle régionale1. Ses parrains sont Vandana Shiva, Susan George et Patrick Viveret, mais son festival de septembre a aussi reçu Naomi Klein en guest star, ainsi que l’habituel concert de HK et les Saltimbanks.

Des panneaux pédagogiques sponsorisés par EDF (entre autres)
Des panneaux pédagogiques sponsorisés par EDF (entre autres).

Lors d’un précédent événement à Gonesse en septembre 2014 contre le projet EuropaCity, immense centre commercial prévu justement dans le cadre du Grand Paris, Alternatiba avait touché de la région Ile-de-France 35 000 euros via une subvention exceptionnelle versée à Val-d’Oise Environnement (délibération CP 14-449 du Conseil régional d’Ile-de-France). En effet, les Alternatiba se voulant tant au niveau national qu’au niveau local être des collectifs informels au fonctionnement horizontal, elles font appel à des associations partenaires pour toucher ce type de fonds2. Mais indirectement, Alternatiba a aussi pu bénéficier des 30 000 euros versés au même moment à Agir pour l’Environnement, qui se proposait das le cadre de la sensibilisation du public aux problématiques liées au climat et à la Cop 21 de “de s’appuyer sur les initiatives locales dites Alternatiba afin de stimuler la réflexion et la mobilisation locale”. Signe en tout cas que la “marque” Alternatiba est une affaire rentable en termes de subventions, dans le même document émanant du Conseil régional d’Ile-de-France, une troisième association, le Réseau Action Climat France, mentionne dans sa demande sa participation à Alternatiba Bayonne.

Extrait de la délibération CP 14-449 du Conseil régional d'Ile-de-France concernant l'attribution d'une subvention à Val-d'Oise Environnement dans le cadre de l'organisation d'une Alternatiba à Gonesse.
Extrait de la délibération CP 14-449 du Conseil régional d’Ile-de-France concernant l’attribution d’une subvention à Val-d’Oise Environnement dans le cadre de l’organisation d’une Alternatiba à Gonesse. Parmi les intérêts que peut y trouver la Région, est mentionné le “soutien régional à la Cop 21”.

A ce sujet, la charte d’Alternatiba3 ne manque pas d’ambiguïté, proclamant une indépendance qui semble surtout être de façade : « Alternatiba est une dynamique indépendante de quelque parti politique que ce soit et des pouvoirs publics. Chaque Alternatiba est libre de solliciter ou non des subventions publiques aux collectivités locales ou aux différentes institutions, mais à la condition express que ces subventions ne soient assorties d’aucune contrepartie ou condition politique. » De fait, les élus, qui décident du versement des subventions, sont présents aux débats. Ainsi, au travers eux ce sont bien leurs partis et les institutions qu’ils représentent qui s’expriment.

Extrait du programme du Festival Alternatiba Paris.
Extrait du programme du Festival Alternatiba Paris des 26 et 27 septembre.

Plus grave : il est rare qu’une subvention soit versée sans contrepartie. Or, à Nantes, le versement de subventions par la mairie et le conseil général de Loire-Atlantique était justement conditionné à l’absence de l’Acipa, principale association d’opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, entraînant le retrait d’Attac 44 de l’organisation4. Dans cette ville aussi, une large place a été accordée dans les débats aux institutions publiques.

Quel est le public visé ?

Éloge du salariat sous prétexte d'écologie et de social.
Éloge du salariat sous prétexte d’écologie et de social.

Alternatiba vise le public habituel de ce genre d’événement, à savoir essentiellement la petite-bourgeoisie intellectuelle et militante (même si son objectif est de brasser au plus large, accueillant y compris un public venu pour ses aspects festifs, des familles voire de simples passants). Le programme et les animations sont conçus pour plaire à ce public : côté médias sont par exemple prévues des interventions d’Hervé Kempf pour Reporterre ou de Xavier Renou pour La Boîte militante, tandis que côtés syndicats, la CFDT ne manquera pas d’être représentée ce week-end à Montreuil.

Soutien indéfectible de la cause, Hervé Kempf aide à lever des fonds.
Soutien indéfectible de la cause, Hervé Kempf aide à lever des fonds.

Un espace « consommation responsable » est aussi prévu – car le commerce doit continuer malgré tout – avec entre autres Les Colibris, Etika Mondo (une association d’éducation populaire assurant la promotion de Vandana Shiva et sympathisante de Pierre Rabhi) ou encore Max Havelaar. En septembre, il y avait même un espace « travail-emploi-revenu » réunissant des « entrepreneurs sociaux » ou le Mouvement français pour un Revenu de Base, tandis qu’ailleurs dans le village, l’association Asterya présentait son action à caractère caritatif consistant à « permettre aux bénéficiaires de l’aide sociale d’être également acteurs de solidarité »5, autrement dit, à pousser des précaires vers le bénévolat quand ceux-ci sont souvent dans des urgences tout autres.

Le coaching en énergies vertes pour co-propriétaires, un stand parmi d'autres du quartier "Habitat".
Le coaching en énergies vertes pour co-propriétaires, un stand parmi d’autres du quartier “Habitat”.

En matière de logement, si la difficulté à ce loger quand on est pauvre est en général évoquée, les thématiques dominantes dans les Alternatiba tournent autour du « développement durable » ou de solutions d’habitat dites écologiques, alternatives et même « participatives » qui apparaissent s’adresser surtout en fait à ceux qui ont déjà les moyens de se loger voire sont déjà propriétaires (avec des ateliers « Comment rénover son logement sans faute!? »). Dans le quartier « Habitat » les 26 et 27 septembre derniers, un panneau d’une rare violence sociale invitait les gens à s’exprimer avec des Post-it autour du thème : « Que feriez-vous avec 200 euros ? » A côté des réponses comme « Je paierai mes factures », tout un tas de gens répondaient comme implicitement attendu qu’ils reverseraient l’argent à une quelconque initiative « éthique », tandis que le débat « Des impayés d’énergie aux problèmes de santé : la précarité énergétique au quotidien » qui a eu lieu dans le quartier « Energie » n’était pas animé par les personnes concernées mais par leurs créanciers, à savoir des entreprises de construction (groupe Habitat) ou des bailleurs sociaux (Fondation Abbé Pierre).

Mystiques et farfelus

Lors du « village des alternatives » parisien des 26 et 27 septembre, des représentants de religions ou de mouvements connus pour leurs dérives sectaires (l’anthroposophie par exemple) étaient présents et bien visibles sur le site et dans les débats. En cela Alternatiba n’échappe pas à cette dérive qui frappe le mouvement écologiste depuis ses débuts et qui le conduit parfois à sacrifier le rationalisme sur l’autel de l’écologie. Ainsi, le quartier « santé et bien être » du village a été exemplaire en la matière, invitant charlatans et pseudo-experts, dont beaucoup avaient en fait des produits à vendre, lors de débats ayant pris place à la Bourse du Travail. S’y sont notamment succédés France Guillain, navigatrice et inventeuse d’une « méthode » de régénération des tissus adipeux ne reposant sur aucune base scientifique particulière ; Didier Bodin, homéopathe anthroposophe, Barbara Even, kinésiologue, Augustin de Livois, président de l’Institut pour la Protection de la Santé naturelle (qui compte notamment dans son comité scientifique le professeur Henri Joyeux, connu pour son homophobie et pour ses recherches et propos controversés sur le lait de vache ou les vaccins) ou encore Jacques Fleuret, auteur d’un livre intitulé Bouddhisme et psychologie de la motivation publié chez L’Harmattan.

Mais que viennent faire pareils délire dans un lieu symbole des luttes ouvrières ?
Mais que viennent faire pareils délires dans un haut lieu des luttes ouvrières ?

Parmi les stands problématiques sur cette thématique, nous avons aussi pu noter, dans la catégorie théories du complot, celui des Robins des Toits et du cabinet de mesures d’ondes CQFD, dont les militants tenaient au public des discours anxiogènes et paranoïaques sur les ondes électromagnétiques et l’électrosensibilité, une maladie dont l’existence n’a pourtant jamais pu être prouvée scientifiquement mais qui alimente un marché juteux. Également présente (et encore prévue ce week-end), l’association Génération Cobayes qui est soutenue tout à la fois par des représentants de la Criirad, par Pierre Rabhi ou Jean-Marie Pelt6. Enfin, des séances de yoga gratuites étaient organisées par l’entreprise Get Yogi et des promoteurs de la technique de méditation japonaise reiki, qui est souvent une porte d’entrée vers des dérives sectaires, étaient aussi annoncés.

Kaizen, une revue éditée par Les Colibris de Pierre Rabhi, occupait une place dans l'espace presse de l'événement. A droite (hors champ) se trouvait l'Alter JT de Xavier Renou.
Kaizen, une revue éditée par Les Colibris de Pierre Rabhi, occupait une place de choix dans l’espace presse de l’événement. A droite (hors champ) se trouvait l’Alter JT de Xavier Renou.

Mais les représentants des religions et autres mouvements mystiques ou irrationnels n’étaient pas présents que dans le domaine de la santé, hélas ! Ainsi, le quartier “Éducation” a accueilli un stand des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France, un mouvement scout protestant7. Quant au quartier « Climat », il a accueilli un grand débat autour des « Initiatives des spiritualités pour le climat », avec un prêtre catholique, un pasteur, un imam, un rabbin et un bouddhiste. Notons à ce sujet qu’Alternatiba n’a pas hésité à rependre le terme de marketing de « spiritualités », désormais de plus en plus utilisé par les religions et les mouvements sectaires pour s’auto-désigner. Question : depuis quand les grandes idéologies religieuses sont-elles porteuses d’émancipation ?

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Gentils Virus et Citoyens constituants

Plus largement, Alternatiba est ouverte à tous les vents. A Lille, une polémique a éclaté concernant la présence en son sein des Gentils Virus d’Etienne Chouard, entraînant protestations et retraits du collectif8, tandis qu’à Bordeaux, un compte-rendu interne d’une réunion nationale s’étant tenue à Paris le 22 août 2014 nous apprend que « Attac 33 se retire du fait de l’absence de débat de fond sur les questions sociales et démocratiques. Pour lui Alternatiba est un “collectif de bobos”. Il rejette de plus le choix de Jean Jouzel comme soutien malgré ses positions pro-nucléaires. » Or, face à ces polémiques (Nantes, Lille, Bordeaux), ce compte-rendu nous apprend qu’Alternatiba a choisi de botter en touche, indiquant que la seule décision prise alors avait été la « rédaction de deux communiqués de presse pour minimiser l’importance de ces problèmes »9 :

Extrait d'un compte-rendu de réunion interne publié sur le site d'Alternatiba Caen.
Extrait du compte-rendu de la réunion de coordination des Alternatiba du 22 août 2014 publié sur le site d’Alternatiba Caen.
Stand des Citoyens constituants les 26 et 27 septembre à Paris.
Stand des Citoyens constituants les 26 et 27 septembre place de la République à Paris.

De même, les Citoyens constituants, une organisation citoyenniste connue elle aussi pour ses proximités avec les réseaux liés à Etienne Chouard, avec Le Cercle des Volontaires et qui a participé à la manifestation d’extrême droite Jour de Colère le 26 janvier 2014, était au “Village des alternatives” de septembre à Paris. Pourtant, la charte Alternatiba affirme : « La dynamique des Alternatiba travaille à la construction d’un monde plus humain et plus solidaire. Cet objectif est bien évidemment totalement incompatible avec les idées et comportements xénophobes, racistes, sexistes, homophobes, excluants, discriminatoires, anti-démocratiques ou violents ». Interrogée au sujet de cette présence, l’organisation d’Alternatiba Paris a indiqué ne pas savoir qui étaient les Citoyens constituants, expliquant que « pris dans l’engouement certains ont pu faire leurs trou et passer entre les mailles du filet de la charte car on ne voulait refuser personnes dans les dernières semaines ». Tout en indiquant prendre note du problème qu’elle entend faire remonter et en reconnaissant qu’il faudra la prochaine fois « passer plus de temps sur analyse des organisations présentes », la responsable que nous avons interrogé a cependant expliqué qu’Alternatiba avait pour but d’être « le plus activiste possible et donc de donner parole à tout le monde, de rassembler au-delà des différences ». Dans ce cadre, elle trouvait positif que ce type d’organisations problématiques « soient là pour confronter leurs points de vue ». Apparemment, le dialogue a primé sur la vigilance puisque Les Citoyens constituants sont de nouveau invités les 5 et 6 décembre à la rubrique « Droits, solidarités et migrations ».

Les Gentils Virus tagués sur la page officelle d'Alternatiba, au milieu d'autres structures dont la Nef et les Colibris.
Les Gentils Virus tagués sur la page officelle d’Alternatiba, au milieu d’autres structures dont la Nef et les Colibris.

Tout ça pour quoi ?

Au vu des groupes et initiatives qui y sont représentés mais aussi des personnalités qui soutiennent ces événements, on peut situer ces rassemblements dans la continuité du mouvement altermondialiste et des Indignés. S’agissant de leur contenu politique, il est à l’avenant : peu clair, il ne débouche par exemple sur aucune espèce de plate-forme porteuse de propositions communes.

Une initiative sans lendemain : la Nef et les Cigales (un groupe d'investisseurs "éthiques" comptant une "sociét" de capital risque solidaire") invitent les visteurs à mettre des billets virtuels dans la corbeille de projets qu'ils souhaitent soutenir. Aucun argent n'a été reversé suite à cette action purement symbolique.
Une initiative sans lendemain : la Nef et les Cigales (un groupe d’investisseurs “éthiques” comptant en son sein une “société de capital risque solidaire”) invitent les visiteurs à mettre des billets virtuels dans la corbeille de projets qu’ils souhaitent soutenir. Aucun argent n’a été reversé suite à cette action purement symbolique.

Rien de très étonnant cependant : pour pouvoir être consensuelles, brasser large et toucher des subventions, les Alternatiba n’ont aucun intérêt à se montrer trop radicales. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que ceux qui les financent et qui du coup y sont présents y trouvent une opportunité de récupérer à leur profit et de canaliser la colère ambiante, à l’heure où les grands projets inutiles sont de plus en plus contestés et réunissent contre eux des activistes et des habitants qui n’ont eux aucune envie de négocier avec les autorités. Et dans une certaine mesure, cela fonctionne : faute de mieux, nombre de militants s’y retrouvent, dans l’espoir d’y trouver une occasion supplémentaire de se faire entendre. En septembre, on ainsi a pu y croiser tant des militants de Bure que des représentants de Solidaires ou même des activistes anti-nucléaires, quand bien même ce sujet n’était par ailleurs qu’à peine évoqué dans les débats au programme10.

Un nouveau concept : la "clope propre".
Un nouveau concept : la “clope propre”.

Ce qui est flagrant aussi, c’est que rien dans le programme du « Village mondial des alternatives » prévu ce week-end ne constitue une attaque frontale contre la Cop 21. Celle-ci y est à peine évoquée11 et son nom n’apparaît pas une seule fois dans le descriptif et le programme du quartier « Climat et énergie » qui comptera surtout des animations diverses allant d’une « démonstration de méthaniseur domestique » à des jeux sur l’empreinte carbone, en passant par la projection de films ou le pressages d’orange grâce à l’énergie recueillie en pédalant sur un vélo.

Finalement, loin d’être anticapitaliste ni révolutionnaire, Alternatiba apparaît comme une énième représentation de politique-spectacle affichant un verni radical. De fait, d’actions symboliques en jeux et en concerts, le spectacle y est omniprésent et noie la politique, parfois jusqu’à l’absurde : c’est ainsi que des militants antipub ont pu y côtoyer les affiches promotionnelles de La Nef (banque dite « éthique » liée aux réseaux anthroposophiques omniprésente sur les Alternatiba) ou que, non loin du quartier dédié aux logiciels libres, le site citoyenniste Voxe appelait les visiteurs à voter pour lui dans le cadre du Google Impact Challenge, qui promettait d’attribuer 500 000 euros à un projet jugé susceptible de changer le monde par la firme de Mountain View.

Une image qui ne manque pas d'ironie : les antipub côtoient les affiches publicitaires de la Nef.
Une image qui ne manque pas d’ironie : les antipub côtoient les affiches publicitaires de la Nef.

S’agissant de l’Alternatiba européenne qui doit se dérouler ce week-end, il en sera de même, entre les ateliers de fabrications de masques à l’effigie d’animaux par L214 – une association qui entretient des liens avec la Fondation Bardot – ou la construction d’une montagne de chaises contre les paradis fiscaux, initiative dont la symbolique (prendre des chaises dans des agences bancaires) reste encore à élucider mais qui devrait à coup sûr faire trembler ces derniers puisqu’elle est portée par de nombreux intellectuels, hommes politiques et autres « people ».

O. G.


Mise à jour, 4 décembre 2015, 14h05 : Sur les conseils d’un lecteur (merci à lui), ajout de quelques captures d’écran et liens.


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

Les catholiques et l’écologie
Ecologie, Monnaie… Le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion
Nettoyage chez Reporterre : encore un effort !
Dans La Décroissance, une BD qui fait Führer


  1. Alternatiba acte d’ailleurs cette notion de « Grand Paris », puisque dans le plan du « Tour Alternatiba », les étapes en Ile-de-France sont dénommées « Trajet Grand Paris ». Voir : alternatiba.eu/paris/wp-content/uploads/sites/5/2015/06/letourversionmars2015.jpg 

  2. A Paris néanmoins, une association de soutien au projet a été créée à cet effet. 

  3. alternatiba.eu/wp-content/uploads/2015/01/Charte-Alternatiba.pdf 

  4. Voir ici : alternatiba.eu/caen/2014/08/24/cr-de-la-reunion-de-la-coordination-des-alternatiba-paris-du-22-aout-2014/ L’Acipa a été invitée en d’autres lieux et d’autres occasions, mais cela n’ôte rien au problème posé par ce qui s’est passé à Nantes. 

  5. asterya.eu/#!accueil/c1dmp 

  6. Pelt a lui aussi des liens avec l’anthroposophie

  7. L’objet de leur participation est détaillée sur leur site : eeudf.org/?s=alternatiba 

  8. Outre la CNT, le NPA a émis un communiqué critique, tandis que le seul reproche que le Réseau Salariat de Bernard Friot à trouvé à faire à Alternatiba Lille est de n’y pas avoir été convié

  9. Voir ici : alternatiba.eu/caen/2014/08/24/cr-de-la-reunion-de-la-coordination-des-alternatiba-paris-du-22-aout-2014/ 

  10. Aucun débat n’y était spécifiquement consacré les 26 et 27 septembre. L’Alternatiba internationale de décembre fera cependant un peu mieux, avec le témoignage de militants japonais sur la situation dans leur pays depuis Fukushima. 

  11. Elle est évoquée pour dire que l’événement se déroule « pendant la Cop 21 ». Son nom apparaît aussi dans celui d’une des organisations participantes, Action non-violente Cop 21, mais c’est tout.