Paris 20e : le FN fait son marché sous les huées

Hier, la distribution de tracts du Front national sur le marché Belgrand dans le 20e arrondissement de Paris a été perturbée. Wallerand de Saint-Just, le candidat FN aux élections régionales, avait fait le déplacement. Nous aussi.

Ce samedi 31 octobre, le marché de la rue Belgrand, dans le 20e arrondissement de Paris, ressemblait à un vaste cirque électoral, dominé par la présence massive du PS et des Républicains (attendant Valérie Pécresse qui n’est finalement pas venue). De notre côté, nous étions une vingtaine de militantes et militants antifascistes à avoir fait le déplacement pour contrer les nervis du FN, légèrement plus nombreux, et leur candidat aux régionales Wallerand de Saint-Just (voir son portrait dans Libération et sa fiche Wikipedia).

De Saint-Just arrive, escorté par ses nervis.
De Saint-Just arrive, escorté par ses nervis.
Face à face tendu : nous ne sommes qu'à quelques mètres du Front national.
Face à face tendu : nous ne sommes qu’à quelques mètres du Front national.

Armés d’un mégaphone, collant au train des militants d’extrême droite, nous avons pu informer les habitants de notre refus de voir ce parti investir notre quartier populaire. Soulignant, comme la réaction du FN l’a encore montré lors de la mobilisation à Air France, que ce parti restait l’ennemi des salariés, en plus de demeurer fondamentalement raciste, sexiste et homophobe, avons grandement perturbé la distribution de tracts de De Saint-Just.

Écouter nos slogans :

Ces tracts consistaient en trois exemplaires différents d’un quatre pages intitulé L’Ile-de-France Bleu Marine : l’un consacré à la “politique migratoire”, l’autre à l’ “UMPS” et le dernier au chômage, avec un titre qui laisse songeur, surtout quand il est mis en avant par le grand bourgeois De Saint-Just : “Je suis chômeur”.

DSC_0564Arrivés à une quinzaine dès 8 heures place Edith Piaf, nous avons pu discuter au préalable des raisons de notre présence avec les commerçants du marché, dont 80% se sont montrés favorables à notre action. Du côté des habitants également, plusieurs nous ont exprimé leur sympathie et très peu ont pris les tracts du FN. Un certains nombre de ceux-ci se sont d’ailleurs retrouvés dans le caniveau après que l’un de nous ait réussi à les arracher à son porteur. Une dame âgée habitant l’une des cités HLM du quartier et venue faire son marché est restée plusieurs minutes pour protester avec nous, invectivant le FN en lui demandant ce qu’il faisait là : “retournez dans le 16e et à Saint-Cloud, ici, il n’y a que des Noirs, des Arabes et des Juifs !”

Le nouveau visage du Front national.
Le nouveau visage du Front national.
Le nouveau visage du Front national.
Le vrai visage du Front national.

Bien que plus nombreux que nous et malgré la tension palpable, les sbires du FN ont évité d’aller à l’affrontement, se contentant de nous invectiver avec des « ni gauche ni droite », « contre le bolchos », ou attaquant le physique de notre porteur de mégaphone au cri de “Achète-toi un futal !” Un militant du PS qui a mis en boule un tract qui lui était tendu s’est fait traiter de « connard », mais le militant FN responsable s’est fait immédiatement rappeler à l’ordre avant que la situation ne dégénère. Une fois De Saint-Just parti (arrivé vers 11 heures, il a été exfiltré vers midi), cinq ou six membres du service d’ordre du Front national ont suivi notre groupe sur plusieurs centaines de mètres, alors que nous faisions le tour du quartier pour nous assurer du départ de leur tête d’affiche.

Wallerand de Saint-Just tient un tract "Je suis chômeur" devant un calicot des Républicains.
Wallerand de Saint-Just “est chômeur” devant le calicot des Républicains.

Nous avons également assisté à quelques scènes amusantes témoignant de la gêne des partis de gouvernement : un provocateur des Républicains a ainsi tenté de crier dans notre mégaphone, quand nous criions des slogans anti-FN, “Avec Valérie Pécresse !” Renvoyé dans ses cordes, le même nous a ensuite suivis, criant à destination du FN : “A bas l’extrême gauche, vive la droite !” Plus tard, un membre du même parti a tenté de jouer les médiateurs quand le FN a bousculé un passant qui protestait contre sa présence. A plusieurs reprises, des militants républicains ont tenté de nous convaincre que leur parti défendait nos intérêts de travailleurs, chômeurs et précaires et qu’il était lui aussi contre l’extrême droite ou ont tenté d’obtenir que nous nous éloignions de leur groupe, visiblement embarrassés et incapables de comprendre que nous n’appréciions pas non plus leur candidate, certains d’entre eux jouant sur les deux tableaux puisqu’ils allaient aussi saluer le FN. Manifestement, les Républicains étaient plus gênés par notre présence que par celle de l’extrême droite, qui marchait pourtant sur leurs plates-bandes. Du côté du PS, qui se tenait sur le trottoir d’en face, on a pu voir des militants entonner L’Internationale (incroyable mais vrai !) pour contrer La Marseillaise de l’extrême droite, reprendre nos slogans et huer le FN, comme s’ils composaient l’avant-garde de l’antifascisme. Dans notre dos, certains des militants des deux partis dominants se saluaient par ailleurs cordialement, tandis que le le PCF, qui distribuait ses tracts du côté de l’entrée de l’hôpital Tenon, n’a pas bougé le petit doigt pour venir nous aider.

Gêne au PS : le FN squatte son coin de marché.
Gêne au PS : le FN squatte son coin de trottoir.

Finalement, le FN n’a pas vraiment pu diffuser sa propagande. Les mines patibulaires des membres de son service d’ordre ont plutôt effrayé les habitants qu’autre chose et, hormis aux militants locaux du parti qui peu à peu se sont joints au groupe initial et aux très rares sympathisants, De Saint-Just n’a pu parler à personne. Notre action a donc été un succès, surtout s’agissant d’une mobilisation n’ayant pu s’organiser qu’à la dernière minute.

Écouter une interview de Tarik, notre crieur :

Dur, dur...
Dur, dur…

Cependant, la présence du FN sur ce marché démontre sa volonté et sa capacité à se déployer y compris dans des quartiers qu’il évitait jusque là. Nous avons ainsi appris qu’une première distribution de tracts avait eu lieu sur ce marché deux semaines avant. D’autre part, il a diffusé la version « transports » de son quatre pages dans toutes les gares parisiennes cette semaine. La vigilance reste donc plus que jamais de mise, à Paris comme ailleurs.

Télécharger notre tract :

CUAFA Marché FN A5

O. G.


En complément de cet article, lire sur Paris-Luttes.info deux articles sur Jean-Louis (ou Didier) Chabaillé, CRS et candidat FN dans le 20e, ici et .


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

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