Réfugiés : encore une diarrhée verbale de Jean Bricmont

Après Saint Michel, Saint Jean dans ses grandes oeuvres. Illustration Conspis hors de nos vi[ll]es.
Après Saint Michel, Saint Jean dans ses grandes oeuvres. Illustration Conspis hors de nos vi[ll]es. (Cliquer pour agrandir)
Jean Bricmont a publié il y a deux jours un texte aux relents nauséabonds sur RT, à propos de la solidarité avec les réfugiés. Ça commence fort, puisqu’il entend distinguer les “vrais” des “faux” réfugiés et remet en cause la sincérité des actions de solidarité avec les réfugiés, puisque diligentées selon lui par ce qu’il appelle la “gauche morale” qui va de BHL, Cohn-Bendit et Attali (dont on se demande bien ce qu’ils ont pu faire de concret pour les réfugiés) à “l’extrême gauche” (dont les composantes sont effectivement mobilisées sur ce terrain) : “Personne ne peut rester insensible à la tragédie des réfugiés, même lorsqu’il s’agit de «faux réfugiés» ou de «réfugies économiques» et même s’ils viennent de Turquie et pas directement de Syrie. Et on ne peut qu’applaudir les gestes de solidarité avec les réfugiés, quand ils sont sincères.” Bricmont se demande, à l’image de la droite et de l’extrême droite mais aussi d’une partie du PS par exemple, quel est le “seuil de tolérance” de nos sociétés, en s’interrogeant : “Combien de réfugiés voulez-vous accueillir ?” Mobilisant les clichés les plus éculés, il affirme : “Et il est illusoire de croire que l’arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail (qui est aussi un marché) n’exerce pas une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. Par conséquent, il n’est pas étonnant que ce soient les «couches populaires» qui réagissent, en général négativement, à l’arrivée des réfugiés et les couches privilégiées, dans lesquelles se recrute le gros de la gauche morale, qui sont favorables à cette arrivée.” Ainsi selon Bricmont, “on assiste à une sorte de lutte des classes un peu nouvelle et qui ne concerne pas seulement les réfugiés, mais tout ce qui nous est vendu comme «ouverture» : les délocalisations, l’importation massive de biens produits dans des pays à bas salaires et l’arrivée de gens venant de tels pays, principalement de l’est de l’Europe.” Sympathique comparaison : les êtres humains au même niveau que les marchandises. Étrange vision de la lutte des classes aussi, qui oppose les pauvres entre eux en fonction de leurs origines nationales et soutient qu’il y aurait une sorte d’alliance objective entre les plus pauvres d’entre les pauvres et la grande bourgeoisie intellectuelle. “On peut reprocher aux travailleurs qui veulent éviter d’être mis en concurrence directe avec plus pauvres qu’eux d’être égoïstes. Mais la gauche morale est mal placée pour donner des leçons d’altruisme à une époque où la croissance des inégalités profite aux couches sociales dont elle fait partie. C’est bien pour cela que l’accusation principale contre le «peuple» est fondée, non sur l’égoïsme, mais sur le racisme, la gauche morale étant évidemment «antiraciste», c’est-à-dire favorable à une ouverture qui la favorise économiquement. Dans le temps, ce genre d’altruisme avait un nom : l’hypocrisie.” Il est vrai que Bricmont, lui-même intellectuel bourgeois et grand moraliste, ne fait pas ici preuve d’un paternalisme méprisant à l’égard d’un peuple fantasmé. De plus, il est inepte d’associer des composantes de l’extrême gauche au genre de discours qu’il décrit. Le physicien belge trouve également légitimes les interrogations venues de l’extrême droite selon lesquelles des terroristes puissent s’infiltrer parmi les réfugiés. Enfin, s’exprimant sur un média poutinien, Bricmont, qui ne cesse de condamner “le droit d’ingérence”, le trouve tout à coup très bien quand il est appliqué en Syrie par “la Russie qui, avec son président, est constamment diabolisée par la gauche morale.” Sans surprise, il finit son laïus avec des relents nationalistes : “Ultimement, la question des réfugiés repose la question fondamentale de la souveraineté nationale […]. Il y a une grande différence entre aider librement des gens en détresse et être forcés à le faire. […] personne n’aime être forcé à être «altruiste», surtout lorsque cela est imposé par des gens qui ne le sont pas.” Fermez le ban !

Source : francais.rt.com/opinions/7888-tragedie-refugies-gauche-morale