Jean Bricmont sur les migrants : “le Mur de Berlin, il n’était pas très franchissable.”

Jean Bricmont, qui continue de clamer qu’il aurait des amis à gauche, a donné une longue interview à l’Agence Info libre sur la question des migrants. Comme à son habitude, il s’y est fait l’avocat des idées d’extrême droite. Sous prétexte que l’expression de la solidarité ne serait pas majoritaire et que tout cela allait provoquer “une réaction anti-réfugiés”, il faudrait prêter l’oreille aux discours xénophobes de tous poils : “Là je vais me faire l’avocat du diable des différents “racistes” qu’on dénonce comme anti-réfugiés. Même si moi je ne me situe pas là-dedans, je comprends pourquoi il y a ces réactions : premièrement, on ne dite jamais aux gens combien de réfugiés vont venir. beaucoup de bonnes âmes nous disent que l’Europe n’accueille qu’une toute petite fraction des réfugiés dans le monde. mais les gens qui ont peur de ceux qui viennent déjà ne vont pas être enthousiastes si on leur dit : “vous savez, il y en a huit millions en Syrie”. […] Ca va encore plus les pousser à vouloir fermer les frontières.” Faut-il en conclure qu’il faut fermer les frontières pour combattre la montée du racisme ? On n’en est pas loin, d’autant que Bricmont explique aussi, s’agissant du mur anti-migrants hongrois, et alors que Jonathan Moadab lui-même trouve que “ce n’est pas une solution” : “Mais n’empêche, le Mur de Berlin il n’était pas très franchissable. Ça dépend quel mur on fait. Moi je ne suis pas pour construire des mur, mais dire que ça n’a pas d’effet… Aux États-Unis, leur mur a réduit l’immigration.” Tous les clichés y passent, y compris le fameux argument de la concurrence des mains d’œuvre et de la remise (forcée ?) des chômeurs au travail : “A gauche, j’entends toute le temps dire : oui, mais il n’y a pas d’emplois, ça ne sert à rien de forcer les gens. Mais il y a des emplois ou il n’y a pas d’emplois ? si il y a des emplois pour les travailleurs clandestins ou les gens qui viennent ici, pourquoi ne pas mettre des chômeurs à travailler à ça ?” Ou encore l’argument de la présence potentielle de terroristes parmi les migrants (que Bricmont appelle “clandestins”)… “Il n’y a pas de solution humaine et politiquement possible : ce qui serait humain c’est de les accueillir, mais c’est politiquement impossible”, conclut-il. Et de dénoncer le “gauche morale” et les “droits-de-l’hommistes” qui ont “poussé à l’ingérence et maintenant poussent à l’accueil des réfugiés”. Et de rappeler que la guerre de Libye a été un épisode-clé ayant déclenché cette arrivée massive de migrants, sans dire que jusque là l’Europe sous-traitait le problème à la dictature kadhafiste. A l’adresse de BHL et d’autres intellectuels qui traiteraient le peuple français de “racistes” et de “salauds”, Bricmont répond : “une petite parenthèse pour ceux d’entre eux qui sont des défenseurs d’Israël, on se demande pourquoi si accueillir des réfugiés c’est tellement bien, Israël n’a pas repris les réfugiés palestiniens de 1948.” Il trouve “odieux” ce “mépris du peuple” (mais que fait-il en prétendant parler en son nom ?) et “l’idéologie des droits de l’Homme” qui selon lui “imprègnent une bonne partie de la gauche” et qui s’agissant de la seconde “remplace les religions traditionnelles”. Il y a quelques mois, invité dans l’émission “Hors-Série” de Judith Bernard, il expliquait déjà que vouloir expulser les gens en situation illégale ne relevait pas du racisme, car “ça rentre dans la définition même de la souveraineté nationale”, qui suppose “une définition de la différence entre les citoyens et les non-citoyens”.