Jean-Marie Harribey critique autant Sapir que Lordon

Jean-Marie Harribey (Attac, Alternatives économiques, Economistes atterrés, Politis, Fondation Copernic) a jugé le 30 août dernier “tardives et donc assez peu crédibles” les “indignations justifiées” qui ont suivi les déclarations de Jacques Sapir relatives à une alliance anti-euro pouvant s’ouvrir jusqu’au FN. En particulier, il propose dans son article publié sur le blog d’Alternatives économiques une critique de l’article de Frédéric Lordon, “Clarté”, que nous évoquions précédemment. Harribey y revient sur les origines de ces polémiques animant le champ des économistes dits “hétérodoxes” et s’interroge sur leur responsabilité (Harribey s’inclut dans la critique) dans la confusion actuelle. A propos de Sapir, il note qu’ “On tombe toujours du côté où l’on penche” et relève chez lui une absence “d’analyse de classes” et une “ignorance totale du modèle productif à initier en pensant que le productivisme est reconductible”. A Lordon qui reproche à ceux qu’il appelle les “altereuropéistes” (qualificatif par lequel Harribey se sent visé) d’avoir “ignoré ou oublié la dualité signifiante de la « nation souveraine », l’économiste membre du conseil scientifique d’Attac répond : “Où est la dualité quand Frédéric Lordon théorise l’identité entre nation et souveraineté ? À moins qu’il s’agisse d’une ruse de la dialectique ? Si oui, l’unité des contraires ne suppose-t-elle pas la contradiction entre eux ?” L’article d’Harribey sent aussi la gueule de bois de ceux qui avaient fondé leurs espoirs dans Syriza pour faire bouger les lignes au niveau européen, une illusion largement partagée par l’ensemble de ces économistes issus de l’altermondialisme : “le gouvernement d’Alexis Tsipras s’est bercé d’illusions pendant six mois et n’a préparé aucune voie alternative pour inverser le rapport de force”, écrit-il aujourd’hui : “difficile d’y voir clair après la défaite de la Grèce qui est aussi la nôtre”.