Frédéric Lordon juge “monstrueuse” une possible alliance avec le FN

Face aux déclarations de Jacques Sapir appelant à une alliance anti-euro qui regrouperait jusqu’au FN, celles de Jean-Pierre Chevènement allant dans le même sens ou celles de Nicolas Dupont-Aignan qui le 29 août dernier lors de la soirée de clôture de l’université d’été de Debout la France a « rassembler au-delà des appareils les patriotes de droite, de gauche et d’ailleurs », une des rares voix dissonantes chez les intellectuels souverainistes est celle de Frédéric Lordon. L’économiste a en effet publié sur son blog le 26 août dernier un texte intitulé “Clarté” dans lequel il juge de telles alliances “invraisemblables”. “Le drame politique se noue véritablement quand la confusion n’est plus seulement alimentée par ce qu’on appellera la droite générale – où le PS se trouve évidemment inclus – mais depuis la gauche également, et sous deux formes diamétralement opposées : l’entêtement de la gauche alter-européiste à « changer l’euro », la perdition d’une autre gauche dans la tentation, pour le coup, oui, monstrueuse, de l’alliance avec le Front national”, explique l’économiste, qui reproche à Jacques Sapir d’avoir cédé à “une idée despotique” et d’avoir “perdu tout sens de l’histoire”, indiquant : “il y a pire que l’égarement : l’égarement pour rien. Car voici la tragique ironie qui guette les dévoyés : le FN, arrivé au pouvoir, ne fera pas la sortie de l’euro.” Et d’en appeler à une sortie de gauche de l’euro, la seule possible selon lui. Pour autant, Lordon ne renonce pas à son antienne : réhabiliter l’idée nationale à gauche, alors même que le chauvinisme est une des sources importantes de la confusion qui règne dans certaines franges de ce camp politique. “Dans ces conditions, la faute intellectuelle de l’alter-européisme est triple : il a manqué à voir la dualité du signifiant « nation souveraine », abandonné à la droite d’en imposer sa lecture, et par cet abandon même trahi son propre legs historique : car en France la nation souveraine naît en 1789, elle se constitue comme universalité citoyenne, elle exprime le désir de l’autonomie politique, désir d’un peuple en corps de se rendre maître de son destin, bref elle est de gauche”, explique-t-il. L’économiste, qui continue donc d’affirmer qu’il ne faut pas laisser l’idée nationale à l’extrême droite, n’analyse pour autant pas le retournement de Sapir (que d’ailleurs il fallait être aveugle pour ne pas voir avant août) comme n’étant finalement que la conclusion logique et pratique de son souverainisme. De même, en focalisant sur l’euro (ne fait-il pas à ce sujet du “mono-idéisme” lui aussi ?), il n’explique pas non plus comment une sortie de cette monnaie pour revenir à une monnaie nationale permettrait de combattre efficacement le capitalisme et de mettre fin à ses ravages, dans la mesure où la monnaie, qu’elle qu’elle soit, est un des principaux instruments sur lequel ce dernier repose.