Publications d’extrême droite sur Facebook : Jean-Pierre Pernaut persiste et signe

Encouragé par certains de ses nombreux fans, le présentateur du JT de 13 heures de TF1 Jean-Pierre Pernaut campe sur ses positions, se disant “consterné” par notre article ainsi que par celui de Buzzfeed pointant le fait qu’il lui arrive de publier sur Facebook des posts véhiculant des théories du complot et de la propagande d’extrême droite, dont un article de Médias-Presse.info, toujours en ligne à l’heure où nous écrivons (cliquer pour agrandir) :2015-08-06_pernaut_fans_twitter

Ce qui est consternant surtout, c’est que quelqu’un occupant un poste aussi important au sein du service information de la première chaîne de télévision française se révèle à ce point incapable de trier ses sources et que, même placé devant l’évidence, il s’entête ainsi dans son erreur. Mais du coup, le doute est permis : en est-ce vraiment une ?

Le Mouvement du 14-Juillet chassé de Bure

Quelques hurluberlus membres du désormais fameux Mouvement du 14-Juillet ont tenté de rejoindre le camp de Bure (Meuse). Mal leur en a pris : repérés, ils ont été expulsés. Rappelons que cette rencontre estivale en vue de construire une convergence des luttes affiche des valeurs clairement antifascistes, avec des débats sur l’extrême droite, le confusionnisme et les théories du complot. Rien ne semble cependant arrêter le Mouvement du 14-Juillet : une militante du Nord a déjà annoncé, à la suite de cette mésaventure, qu’elle envisage d’aller avec un petit groupe à la rencontre des militants antifascistes de son département. Cliquer pour agrandir :2015-08-06_14juillet_bure12015-08-06_14juillet_bure2

Nadine Morano invoque les deux guerres mondiales pour dénigrer les migrants

La haine anti-migrants ne semble plus connaître de limites à droite et à l’extrême droite, où on mobilise une batterie d’arguments tous les plus absurdes les uns que les autres pour cracher sur ces populations pourtant particulièrement vulnérables. Dernière en date : Nadine Morano, qui contre l’argument mettant en avant le fait que bien des migrants fuient des zones de guerres (guerres dans lesquelles la France est bien souvent loin d’être étrangère), estime que “c’est trop facile” : “Heureusement que nous n’avons pas fait pareil, nous, en 1939-1945 ou en 1914! Nous avons tous des aïeux qui reposent dans la terre de France, qui se sont battus pour la liberté et pour sauver la France. Alors moi je dis qu’il faudrait aussi que ces personnes, plutôt que de fuir parce que ça n’est pas la solution, se battent pour leur pays et qu’on les accompagne dans ce combat.” Pourtant, même Le Figaro pointe l’absurdité de l’argument, qui se “heurte à une réalité historique: c’est précisément à cette période que s’est produit l’un des mouvements de masse les plus importants du XXe siècle, appelé «l’exode de 1940». Quelque huit à dix millions de civils belges, hollandais, luxembourgeois et français fuient alors l’invasion du Benelux et d’une grosse moitié de l’Hexagone par l’armée allemande après la percée de Sedan, pendant la bataille de France. De même, et alors que la Résistance s’organisait principalement à Londres, de nombreux français tenteront de fuir l’occupation et les persécutions raciales en passant clandestinement en Espagne, en Suisse, vers la zone occupée par l’Italie et vers les États-unis.” Des fait pourtant balayés d’un revers de main par l’eurodéputée des Républicains, qui dit souhaiter la mise en place “d’un service public de la reconduite vers les pays d’origine mutualisé avec les pays européens où nous aurions une flotte aérienne.” : “Il ne faut pas tout confondre, ce sont surtout des déplacés qui circulaient de la France occupée vers la France libre! Nous avons combattu pour sauver notre pays”. Et pendant ce temps-là, des centaines de migrants meurent toujours en Méditerranée, tandis que d’autres errent dans Paris sans solutions de logement pérenne, ballottés de camp en camp et de foyer en foyer, trouvant parfois refuge dans un collège désaffecté, qu’on s’empresse de vouloir expulser. Une situation dont Marine Le Pen, qui souhaite aussi expulser les mineurs, fait ses choux gras, estimant, a contrario de tout bon sens, que “Nicolas Sarkozy porte une responsabilité historique dans l’aggravation des flux d’immigration clandestine dans notre pays” et trouvant que le peu de moyens mis à disposition des migrants sont déjà de trop : “Quelle honte ! Il y a des centaines de milliers de Français qui attendent un logement d’urgence, qui attendent un logement social”.

Tentatives médiatiques de réhabilitation d’Oriana Fallaci

Oriana Fallaci est une célèbre journaliste italienne dont le parcours est un archétype de la manière dont on peut passer de gauche à droite, et même dans son cas de l’antifascisme à l’extrême droite. Combattante des maquis anti-Mussolini pendant la guerre, elle a ensuite couvert en tant que journaliste de nombreux conflits, dont la guerre du Vietnam ou la révolution iranienne, ce qui lui a valu une grande reconnaissance de ses pairs. Connue pour ses engagements féministes, elle est toutefois revenue sur le devant de la scène après les attentats du 11 septembre 2001 sous un angle beaucoup plus noir, écrivant des pamphlets anti-islam qui sous couvert de critique de la religion se sont révélés clairement racistes, avant de décéder en 2006. Dans La rage et l’orgueil elle expliquait par exemple que selon elle “Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d’Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour” ou encore que les musulmans « se multiplient comme des rats. » Ce livre a fait l’objet de poursuites dans plusieurs pays, dont la France et la Suisse, pour incitation à la haine, et a reçu au contraire un accueil dithyrambique à l’extrême droite, de la Ligue du Nord à Riposte laïque. Cependant, déjà à l’époque, il avait reçu des critiques complaisantes voire élogieuses d’une partie de la presse et de certains intellectuels, dont Charlie Hebdo et Pierre-André Taguieff. Rebelote aujourd’hui : alors qu’un biopic réalisé par Marco Turco à la gloire de la journaliste sort sur nos écrans en se taisant fort opportunément sur ce dernier engagement, de nouveau trop de médias font preuve de complaisance dans le traitement du cas Fallaci. Sur front de ses défenseurs : Christine Ockrent, venue chanter ses louanges dans “Les matins d’été” sur France Culture il y a deux jours, mais aussi dans Culture Box hier sur le site de France Télévisions. Là, l’éditorialiste a évoqué cet épisode en parlant d’“un auteur qui réagit avec une liberté de parole, une liberté d’opinion qu’il faut admettre.” Paradoxalement, c’est du côté de la presse de droite conservatrice qu’on peut trouver certains des articles les plus honnêtes concernant la vie de Fallaci. Ainsi, La Croix n’hésite pas à aborder cet épisode dans sa critique du film et à lui reprocher de n’en rien dire, tandis que Madame Figaro évoque aussi le fait que “vers la fin de sa vie, celle qu’on disait féministe se serait opposée à l’avortement ainsi qu’à l’ouverture du mariage aux homosexuels” et se disait “athée chrétienne” (sic), ce qui lui avait valu en 2005 d’être reçue en audience privée par le pape Benoît XVI. Consternant…

Le quotidien L’Union qualifie les migrants de “bronzés”

On sait que le journal L’Union s’est récemment illustré pour avoir monté en épingle un fait divers, ce qui a entraîné un déchaînement raciste sur le web. Décidément, la xénophobie semble être un véritable fonds de commerce pour ce journal basé à Reims, qui a publié quelques jours après ce premier fait d’armes la caricature suivante (cliquer pour agrandir) :2015-08-06_Union_raciste

Le dessinateur Emmanuel Chaunu est un habitué de la presse quotidienne régionale. Il participe cet été à Caen à un spectacle humoristique sponsorisé entre autres par Ouest-France et la ville de Caen sur l’histoire de la Normandie, dont le philosophe réactionnaire Michel Onfray faisait la promotion il y a deux jours sur Twitter. S’agissant de L’Union, notons qu’entre 2008 et 2012 ce journal a été dirigé par Jacques Tillier, ancien de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute.

Jean-Pierre Pernaut, présentateur du JT de 13h sur TF1, partage des contenus d’extrême droite

On le savait réactionnaire, mais le site BuzzFeed l’a révélé il y a une semaine : à l’occasion, Jean-Pierre Pernaut, présentateur du JT de 13 heures sur TF1 et directeur adjoint de l’information de la chaîne, partage carrément des contenus d’extrême droite sur Facebook. Le 13 juin par exemple, il a partagé une image très populaire dans la fachosphère, reprise notamment par Riposte laïque, affirmant : “C’est honteux. Pendant que nos retraités font les poubelles, les immigrés eux, touchent une retraite à taux plein sans jamais avoir cotisé”. Si ce post a depuis été supprimé, celui du 18 juillet partageant un article de Médias-Presse.info est toujours en ligne (cliquer sur les images pour les agrandir) :2015-08-06_pernaut3

Cet article affirme notamment qu’“expliquer la délinquance des personnes d’origine immigrée par la pauvreté est donc bien un mensonge et une manipulation”. Rappelons que Médias-Presse.info est un site proche de Civitas, connu pour diffuser abondamment de la propagande d’extrême droite et des théories du complot. Une source qui ne pose néanmoins aucun problème à Jean-Pierre Pernaut, qui assume :2015-08-06_pernaut_twitter

Il faut dire que le journaliste s’était déjà fait remarquer pour sa complaisance à l’égard de la Manif pour Tous. Si sa page Facebook offre un bon reflet de ce qu’est son JT (pas d’actualité internationale, quasiment pas d’actualité politique, thèmes néo-poujadistes comme par exemple le refus d’une baisse des limitations de vitesses sur les routes), nous avons aussi de notre côté repéré par exemple cet appel à manifester à Ploërmel (Morbihan) pour le maintien d’une statue du pape Jean-Paul II, suivi par toute la droite et l’extrême droite locales en mai dernier :2015-08-06_pernaut1

Le FN, parti des opprimés ? La preuve par Charles Beigbeder

Non, les ouvriers ne sont pas les seuls à voter FN et le FN n’est pas “le premier parti ouvrier de France”. Qu’importe : ce mythe, développé par le FN suite à un sondage qui en 1995 créditait de 30 % les intentions de vote pour la formation d’extrême droite chez les ouvriers, est aujourd’hui répandu par toute une clique d’intellectuels réactionnaires, qui malheureusement rencontrent des échos à gauche : Laurent Bouvet, Christophe Guilluy, Jacques Sapir ou Emmanuel Todd. Ce dernier expliquait par exemple il y a un an au journal Fakir que le succès du FN reposait sur l’alliance de “deux groupes de parias” : “les milieux populaires d’origine française” qui “sont exclus ou menacés dans leur emploi” et “les cadres du Front national” car “l’extrême droite, dans la tradition française, c’est marginal, à l’inverse de l’Allemagne”. Le même soutient d’ailleurs que « le FN ne parviendra pas au pouvoir, parce que les classes qu’il représente sont trop opprimées » et que “le vote Front national devient un marqueur social, celui des “basses classes”, un stigmate moral, et la bourgeoisie, les éduqués se refusent dès lors à voter Front national, ne serait-ce que pour se démarquer”. Ainsi selon Todd, “ne pas voter Front national est devenu un symbole social : « Je n’appartiens pas aux basses classes ».” C’est en effet tout à fait ce qu’a du se dire le grand patron Charles Beigbeder quand il a déclaré sa flamme au FN il y a quelques jours… apportant le preuve par trois qu’en effet, le parti des Le Pen représente les “classes opprimées” et ne saurait être soutenu par la bourgeoisie (ou au moins certaines de ses franges) ni compatible avec le capitalisme.

Pour Jacques Sapir, Nicolas Dupont-Aignan est de gauche

Dans une conversation Twitter en date du 31 juillet et impliquant le blogueur Gauche de Combat qui bataille contre la cote de popularité dont jouit l’économiste notamment au sein du Front de gauche, Jacques Sapir a fait savoir qu’il considérait que Nicolas Dupont-Aignan était de gauche (cliquer pour agrandir) :

Capture d'écran Gauche de Combat. Merci à lui.
Capture d’écran Gauche de Combat. Merci à lui.