Tentatives médiatiques de réhabilitation d’Oriana Fallaci

Oriana Fallaci est une célèbre journaliste italienne dont le parcours est un archétype de la manière dont on peut passer de gauche à droite, et même dans son cas de l’antifascisme à l’extrême droite. Combattante des maquis anti-Mussolini pendant la guerre, elle a ensuite couvert en tant que journaliste de nombreux conflits, dont la guerre du Vietnam ou la révolution iranienne, ce qui lui a valu une grande reconnaissance de ses pairs. Connue pour ses engagements féministes, elle est toutefois revenue sur le devant de la scène après les attentats du 11 septembre 2001 sous un angle beaucoup plus noir, écrivant des pamphlets anti-islam qui sous couvert de critique de la religion se sont révélés clairement racistes, avant de décéder en 2006. Dans La rage et l’orgueil elle expliquait par exemple que selon elle “Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d’Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour” ou encore que les musulmans « se multiplient comme des rats. » Ce livre a fait l’objet de poursuites dans plusieurs pays, dont la France et la Suisse, pour incitation à la haine, et a reçu au contraire un accueil dithyrambique à l’extrême droite, de la Ligue du Nord à Riposte laïque. Cependant, déjà à l’époque, il avait reçu des critiques complaisantes voire élogieuses d’une partie de la presse et de certains intellectuels, dont Charlie Hebdo et Pierre-André Taguieff. Rebelote aujourd’hui : alors qu’un biopic réalisé par Marco Turco à la gloire de la journaliste sort sur nos écrans en se taisant fort opportunément sur ce dernier engagement, de nouveau trop de médias font preuve de complaisance dans le traitement du cas Fallaci. Sur front de ses défenseurs : Christine Ockrent, venue chanter ses louanges dans “Les matins d’été” sur France Culture il y a deux jours, mais aussi dans Culture Box hier sur le site de France Télévisions. Là, l’éditorialiste a évoqué cet épisode en parlant d’“un auteur qui réagit avec une liberté de parole, une liberté d’opinion qu’il faut admettre.” Paradoxalement, c’est du côté de la presse de droite conservatrice qu’on peut trouver certains des articles les plus honnêtes concernant la vie de Fallaci. Ainsi, La Croix n’hésite pas à aborder cet épisode dans sa critique du film et à lui reprocher de n’en rien dire, tandis que Madame Figaro évoque aussi le fait que “vers la fin de sa vie, celle qu’on disait féministe se serait opposée à l’avortement ainsi qu’à l’ouverture du mariage aux homosexuels” et se disait “athée chrétienne” (sic), ce qui lui avait valu en 2005 d’être reçue en audience privée par le pape Benoît XVI. Consternant…