Des ressources sur le fascisme et le confusionnisme

A lire chez les Enragés, un très long texte qui s’interroge sur ce qu’est le fascisme, au travers d’analyses passées et présentes et de citations d’auteurs ayant longuement réfléchi au sujet (Daniel Guérin, Léon Trotsky, Ernest Mandel, Moishe Postone), ainsi que de documents illustrant la nature du fascisme contemporain. L’occasion de (re)découvrir une synthèse du collectif antifasciste sur Frédéric Taddeï et son émission “Ce soir ou jamais”, connue pour inviter régulièrement des théoriciens d’extrême droite sous couvert d’impertinence, ou encore un démontage du concept de “classe moyenne”. A lire par ailleurs sur le site de Radio Vosstanie, une critique très intéressante des implications et des limites du concept de “confusionnisme”. Extraits :

“En qualifiant toute la nébuleuse crypto-soralienne ou chouardo-compatible, les Lordon et Ruffin et autres promoteurs du protectionnisme national taxateur de la finance, par des caudillos peinturlurés de diverses nuances de rouges et les spectateurs pacifiés par d’innombrables “complots”, de “confus”, n’y a t-il pas une prétention à vouloir encore les éclairer de nos “lumières” ou à dénoncer des attitudes sous vocable psychologique là où elles ne sont que politiques ? Car ces gens là ne sont pas “confus” ! Si certains sont des abrutis et des moutons qui n’attendent que sermons et bénédictions (et se retrouvent pour certains en compagnie de religieux), Ils n’en défendent pas moins des options politiques très claires. Elles ne sont ni obscures ou embrouillées, et si nous avons du mal à les identifier c’est notre absence de culture politique qu’il faut remettre en cause et ne pas faire de projection. […] Les vouloir moins étatistes ou revenant sur leurs positions génétiquement nationalistes (jusqu’à être identitaires) n’est pas simplement une gageure c’est un combat perdu d’avance. A la fois pour des questions de rapports de forces mais aussi parce qu’infléchir n’est pas les faire changer de positions. Je me demande d’ailleurs si cela ne s’apparente pas à la bonne vieille tactique réformiste ? Il n’y a rien à sauver dans les appareils. Peut-on y voir une “Stratégie par la confusion” ? Même pas. Mais ils ont bien une stratégie et même une très vieille qui consiste à promouvoir les mêmes solutions de bureaucrates-régulateurs du capitalisme et de l’encadrement des masses (par l’Etat, la nation, l’identité et les hiérarchies). Leur conception du monde s’occupe de “réguler” (grâce à ce package politique bourgeois) l’économie et les esprits. […]”

Pour un 1er-Mai internationaliste et solidaire !

D. R.
D. R.

A côté des traditionnelles manifestations ouvrières, qui sont toujours une occasion de mettre en avant nos revendications sociales, ce 1er-Mai sera aussi une occasion d’exprimer notre solidarité avec nos camarades du monde entier, par exemple en Iran, comme nous y appelle la Campagne pour la libération des prisonniers politiques en Iran :

“Des centaines de travailleurs et de militants ouvriers sont harcelés, emprisonnés et torturés ; leurs « crimes » sont posséder un livre, publier leur point de vue sur facebook ou se rassembler pour réclamer le versement de salaires impayés. Ils sont attaqués pour avoir revendiqué le droit de grève, de se rassembler et de former des syndicats indépendants ou d’autres organisations ouvrières. […] En plus de la répression de leurs droits politiques et civils, les travailleurs doivent faire face à la détérioration de leurs conditions économiques en Iran. Pour la classe ouvrière, cela signifie que des millions de familles sont tombées sous le seuil de pauvreté. Actuellement, il y a de nombreuses protestations contre le régime en Iran. La population proteste contre la brutalité du régime et lutte pour obtenir la liberté d’expression. Il y a aussi un développement du militantisme chez les travailleurs qui s’organisent dans des syndicats indépendants. Ces protestations ont besoin de votre soutien. Les prisonniers politiques en Iran ont besoin de votre soutien, puisqu’ils ne peuvent pas faire entendre leurs voix. […]”

Comme chaque 1er-Mai depuis vingt ans, une manifestation sera également organisée à Paris pour rendre hommage à Brahim Bouarram, ce jeune Marocain jeté dans la Seine le 1er mai 1995 en marge du défilé du Front national. A noter enfin, la manifestation contre le racisme et l’austérité qui aura lieu à Noisy-le-Grand, toujours en région parisienne.

Noam Chomsky nous jouerait-il la partition du “grand remplacement” à l’envers ?

Interviewé par Euronews le 17 avril dernier, Noam Chomsky a déclaré : « Il y a un autre problème en Europe : elle est extrêmement raciste. J’ai toujours pensé que l’Europe est plus raciste que les États-Unis. Jusqu’ici ce n‘était pas aussi visible en Europe parce que les populations européennes dans le passé ont eu tendance à être assez homogènes. Donc, si tout le monde est blond aux yeux bleus, alors vous ne semblez pas raciste, mais dès que la population commence à changer, le racisme vient de nulle part. Très vite. Et c’est un problème culturel très grave en Europe. » Voici une analyse bien étonnante pour un intellectuel aussi admiré, qui dénote d’une profonde méconnaissance de l’histoire de l’Europe, depuis toujours terre de migrations. Ainsi selon Chomsky, le racisme en Europe s’expliquerait par le métissage, par le fait qu’une population « assez homogène » de « blonds aux yeux bleus » serait progressivement en train de « changer », sous les coups de boutoir d’une population qu’on imagine un peu plus « colorée ». Si Chomsky utilise l’argument pour dénoncer la montée du racisme en Europe, il n’est pas très loin cependant, se faisant, de la théorie du « grand remplacement » chère à Renaud Camus. L’écrivain, théoricien de cette thèse très populaire à l’extrême droite et dans certaines franges de la droite pour justifier la lutte contre l’immigration, définit le « grand remplacement » comme suit : « le Grand Remplacement […] c’est un phénomène, évident comme le nez au milieu du visage. Il suffit pour l’observer de descendre dans la rue, ou seulement de regarder par la fenêtre. Un peuple était là, stable, occupant le même territoire depuis quinze ou vingt siècles. Et tout à coup, très rapidement, en une ou deux générations, un ou plusieurs autres peuples se substituent à lui, il est remplacé, ce n’est plus lui » (entretien à L’Action française no 2832,‎ 2012). Si Chomsky et Camus se situent aux antipodes de l’échiquier politique, la similitude et la vacuité des arguments utilisés, même pour en arriver à des conclusions opposées, fait froid dans le dos.

Alain Gresh donne une conférence sur le Yémen à l’invitation d’un collectif douteux

Hamrouni et Gashgavhi à Téhéran lors des cérémonies du 36e anniversaire de la révolution islamique.
Hamrouni et Ghashgavhi à Téhéran lors des cérémonies du 36e anniversaire de la révolution islamique. (Cliquer pour agrandir)

Demain soir, Alain Gresh, journaliste au Monde diplomatique, donnera une conférence sur la situation au Yémen au Palais des Congrès de Montreuil, à l’initiative du Collectif Français Pour La Liberté des Peuples. La conférence sera animée par le principal porte-voix de ce collectif, Sayeed Imededdin Hamrouni, un Tunisien chiite proche du régime iranien qui pense que la révolution iranienne aurait dû être un modèle pour la révolution tunisienne. Il intervient régulièrement dans des médias iraniens comme l’Irib ou l’Iranian Quran News Agency (Iqna) et a par exemple participé aux cérémonies célébrant le 36e anniversaire de la révolution islamique tant en France qu’en Iran. Sur Facebook, il est entre-autres ami avec Gilles Munier et Jacob de Meknés (autre nom de Jacob Cohen), et pose en compagnie du quenellier iranien Haméd Ghashghavi. Le Collectif Français Pour La Liberté des Peuples est aussi activement soutenu par la négationniste et kadhafiste Ginette Skandrani, et relayé par le Cercle des Volontaires ainsi que par des groupes Facebook favorables à Bachar Al-Assad. En 2007, Alain Gresh avait accordé une interview au Centre Zahra, une officine chiite liée au régime iranien et dont le fondateur Yahia Gouasmi préside depuis 2009 le Parti antisioniste. Surtout, il avait fait polémique en 2009 en recensant positivement l’ouvrage de Paul-Eric Blanrue Sarkozy, Israël et les Juifs. Mise à jour, 23h51 : Alain Gresh nous indique par mail que cette conférence n’aura pas lieu. Dont acte.gresh_skandrani

Petit tour d’horizon des médias pro-Kremlin

Depuis un an, le paysage des médias pro-russes francophones a subit, sous l’impulsion des autorités russes qui le financent, une importante restructuration. Aujourd’hui, le site SputnikNews domine ce paysage. Mais si l’esthétique change, la ligne reste la même.

Pierre Carles prétendu adversaire de Soral, mais futur partenaire de Chouard ?

Dans un communiqué publié hier sur sa page Facebook, Pierre Carles relate qu’Alain Soral est mécontent qu’il ait fait retirer des extraits de son film Choron, dernière de la dernière vidéo d’auto-promotion du leader d’Égalité et Réconciliation. Le réalisateur indique à propos de Soral que “son parcours est pourtant aux antipodes de celui du prof”. Si refuser de voir ses œuvres détournées par la propagande soralienne est louable, il n’est cependant pas étonnant que Soral cherche à utiliser l’image de Choron : le fondateur d’Hara Kiri était un réactionnaire et un misogyne assumé, cela faisait partie de son personnage, ce que montre d’ailleurs le film de Carles. Plus intéressante est cependant la polémique qui l’oppose dans les commentaires à Yannis Youlountas. En effet, Pierre Carles a pris part à un projet de film, Demokratia, dans lequel apparaît également Étienne Chouard. Youlountas lui demande donc : pourquoi acceptes-tu de participer actuellement à un documentaire qui fait la promotion d’Etienne Chouard ? On est nombreux à se poser la question.” Peu convaincu par la réponse alambiquée du réalisateur qui reprend l’article de François Ruffin dénonçant la lutte des antifascistes contre le confusionnisme (voir ci-dessous), le philosophe militant conclut : la réponse est très claire : Pierre Carles n’es pas d’accord avec la présence de Chouard à ses côtés, mais il accepte quand même de se laisser faire par charité chrétienne, considérant les réalisateurs trop faibles physiquement pour retoucher leur montage. Chacun sa façon de lutter.”

2015-04-24_Carles_Youlountas1Mise à jour, 4 octobre 2017 : Soulignons qu’avant cette prise de position, Pierre Carles s’était déjà fait remarquer en trouvant des excuses à Esteban Morillo, le meurtrier du militant antifasciste Clément Méric, dans Siné Hebdo. Depuis, il a continué sur le même chemin glissant en prévoyant de réaliser lors de la campagne présidentielle 2017 un documentaire à la gloire du politicien de centre-droit Jean Lassalle, pourtant pas réputé pour ses idées progressistes.

La CGA propose des pistes de réflexion contre le confusionnisme politique

La CGA (Coordination des groupes anarchistes) de Lyon vient publier un texte consacré au danger que représente le confusionnisme politique. Extraits :

“Le confusionnisme se développe sur une culture politique, sociologique et historique faible, et sur l’idée que « la politique » désigne uniquement les actions menées par les classes dirigeantes, amenant les individus à se proclamer « apolitiques ». Le confusionnisme se nourrit également des communautés émotionnelles entretenues par l’industrie de l’actualité et de la culture, qui créent une union des spectateurs et spectatrices sur des faits divers et des drames. Une critique du confusionnisme sans arguments ni explications ne permet pas de freiner son développement et les dangers qui en découlent. Ce type de critique peut au contraire entraîner un repli sur soi de certain-e-s militant-e-s ou, ,de la même manière, un éloignement d’autres militant-e-s ou de sympathisant-e-s qui voient se multiplier des rejets qu’il/elles ne comprennent pas forcément. Il faut bien faire la différence entre celle et ceux qui sont dans la confusion, ou semblent y adhérer, et ceux qui l’organisent. […]

Une des particularités générales du confusionnisme est la hiérarchisation des oppressions et des luttes. Le fait de considérer une oppression et donc la lutte correspondante comme au-dessus de toutes les autres est déjà une porte grande ouverte à la confusion : peu importe ce que l’on pense du reste du moment que l’on est d’accord sur ça. Les réflexions sur l’intersectionnalité des oppressions peuvent donc jouer un rôle pour la prévention et la lutte contre la confusion politique. L’intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l’homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres.”

Négationnisme en Ukraine et réactions des propagandistes pro-russes : une belle leçon d’opportunisme

Début avril, les parlementaires ukrainiens ont pris une décision mettant sur le même plan nazisme et communisme, en interdisant toute forme d’expression de ces idéologies, et reconnaissant comme “combattants de la liberté” les collaborateurs locaux du régime nazi qui ont combattu à ses côtés dans des unités paramilitaires, alors même que l’Ukraine a été durement éprouvée par le Seconde guerre mondiale et a subi de plein fouet les massacres perpétrés par la division SS Das Reich (dont le bataillon Azov qui combat les pro-russes dans l’Est du pays a pourtant repris l’insigne) notamment dans la région de Kharkov. C’est pourquoi le Centre Simon Wiesenthal a condamné le caractère négationniste de cette décision, s’attirant bien malgré lui les félicitations des soutiens habituels de l’impérialisme russe (Les-crises.fr, LeGrandSoir.info, le PRCF), qui oublient au passage que le même Centre avait condamné quelques temps auparavant la tenue en Russie d’un meeting de l’extrême droite européenne (dont nous avions parlé ici) ainsi que la diffusion régulière de propagande antisémite par RT (ex-Russia Today). L’ironie est encore plus cinglante quand on sait que l’ONG a par le passé été régulièrement dénoncée par LeGrandSoir.info pour son soutien à Israël ou ses critiques d’Hugo Chávez. Via un communiqué signé Djordje Kuzmanovic, le Parti de Gauche (PG) a de son côté repris l’information pour condamner l’accueil réservé par François Hollande au président ukrainien Petro Porochenko, qui a été reçu il y a deux jours à L’Elysée. Kuzmanovic, qui n’hésite pas à manifester aux côtés de militants d’extrême droite en faveur de la politique de Poutine dans l’Est de l’Ukraine, y dénonce le fait qu’à ses yeux “la France n’a pas à suivre aveuglément les intérêts bellicistes des Etats-Unis. Ensuite la patrie des droits de l’homme ne saurait dérouler le tapis rouge pour un régime aussi criminel et négationniste. […] le Président de la République française aurait mieux fait de méditer le fait que l’aventurisme militaire de l’OTAN en Ukraine menace la paix en Europe.” A ce niveau, c’est l’hôpital qui se moque de la charité…

Les confusionnistes aussi se mobilisent contre le Tafta

Les mobilisations contre le Traité transatlantique (Tafta), sujet pourtant important, bien que portées par la gauche (Front de Gauche, Attac, Solidaires, EELV, CGT, PCF…), rassemblent au-delà des clivages politiques traditionnels et drainent nombre de militants confusionnistes. Ainsi, on a pu apercevoir en marge de la dernière manifestation qui a eu lieu dimanche à Paris l’UPR (qui est désormais une habituée) ou la webTV complotiste Independenza WebTV. Le M’Pep, Le Cercle des Volontaires, l’Agence Info Libre et Reporterre sont des relais réguliers de ces mobilisations. Mais même parmi les organisateurs des mobilisations et signataires des appels contre Tafta, certains posent question : c’est le cas du collectif citoyenniste Les Engraineurs qui engraineurs_affichesexisteavait édité en 2013 une affiche sexiste pour appeler à la mobilisation (cliquer sur l’image pour agrandir) ou du Parti Pirate, pointé en 2013 pour ses dérives sexistes (voir ici et ) et dont un candidat aux élections législatives de 2012 avait accordé une interview au journal Minute. Sans même citer Nouvelle Donne, et la liste n’est certainement pas exhaustive… Il semblerait que le phénomène ne touche d’ailleurs pas que Paris, puisqu’un lecteur nous a signalé que l’UPR avait pu diffuser sans problème sa propagande lors d’une manifestation à Besançon (Doubs). Le Tafta est aussi un des thèmes de campagne préférés de Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan. Plusieurs formations d’extrême droite comme Egalité et Réconciliation y portent également un intérêt, sans toutefois apparaître visiblement dans les manifestations.