L’école, Charlie et les autres : entrer dans la boîte noire des classes

Aggiornamento Hist-Géo, un site de réflexion et d’échanges entre professeurs d’histoire-géographie, a publié une série de témoignages de professeurs sur les réactions de leurs élèves aux événements récents, qui ont le mérite de montrer un paysage plus nuancé que ce qu’on a pu en lire dans certains médias. Le site rappelle notamment ce fait fondamental : « Il est certain que des élèves ont tenu parfois des propos relevant d’un scepticisme complotiste hyperbolique. Cela s’est produit, un peu partout en France – et pas seulement dans les établissements de quartiers dits « sensibles » ou « prioritaires ». Mais, très probablement, des propos islamophobes ont été formulés, à tout le moins pensés, par d’autres – or, c’est symptomatique : on n’en a pas entendu parler ! » Il rappelle également que « les professeurs n’ont pas découvert cette semaine que des élèves – des enfants, des adolescents – pouvaient tenir des propos violents, à l’occasion antisémites. C’est forts de cette expérience que des professeurs ont décidé de faire, comme d’habitude, leur métier. » Parmi les interrogations soulevées par ces professeurs, celle de l’intérêt pédagogique d’une minute de silence, car « à solenniser uniformément une émotion qui ne se commande pas, on produit inutilement et mécaniquement des oppositions », ce qu’un professeur résume ainsi : « je ne vois pas comment une manifestation d’émotion pourrait relever de l’injonction à la ressentir. » Loin de tout manichéisme, ces enseignants insistent en revanche sur la portée d’une relation pédagogique privilégiant dialogue et respect des sentiments de chacun, car « [c’]est toujours une relation humaine, traversée d’affects, de sentiments, dont les fils sont toujours à reprendre, obstinément. »